Mefiez-vous des cantonniers qui apprivoisent tant de betes sauvages! contre maurin un piege etait donc tendu:

Deux gendarmes, dont Alessandri, la veille de ce memorable evenement, coucherent aux Campaux. Et, ma foi, en depit de ses fiancailles, Sandri fut galant avec Margaride, qui se montra pour lui plus aimable que jamais. Un gendarme est un homme, que diable! et l’honneur ne comporte pas necessairement la vertu. Quand, le lendemain matin, Sandri et son camarade, laissant leurs chevaux aux Campaux, quitterent l’auberge: –Ou allez-vous aujourd’hui? interrogea Margaride. Le gendarme, impassible, mentant par devoir, dit: –« A Bormes. Nous avons une commission pour les gendarmes de Bormes.  » Ils s’eloignerent vers Toulon, et, par un detour dans la colline, ils revinrent bientot du cote de La Molle ou, sur la route, ils trouverent deux gendarmes de Bormes specialement et legalement charges du proces-verbal de flagrant delit.

Sandri n’etait venu la que pour jouir de l’arrestation de Maurin.

Il voulait aussi, avec l’aveu de ses chefs, essayer de confondre le braconnier en lui revelant les soupcons de Grondard, a son avis motives fortement. Lorsque, avec ses trois camarades, il approcha de la cabane suspecte, le jeune et vaillant Alessandri aux joues roses se sentit le coeur plein d’aise.

–Quand l’affaire Grondard ne devrait pas avoir de suite, l’affaire Secourgeon me semble encore suffisante, songeait-il, pour detruire Maurin a tout jamais dans l’esprit d’Orsini et de Tonia. Naivete de gendarme!. .

. Autour des don Juan, chaque femme trahie est un appeau qui attire toutes les autres. Le cabanon de Saulnier, une toute petite maison basse a une seule etroite fenetre close d’un volet de bois plein, avec ses murs blanchis a la chaux, avec ses tuiles rousses, semblait faire la sieste a l’ombre de trois chenes-lieges, au milieu de quelques ruches d’abeilles eparses aux alentours. Le volet de bois plein etait solidement barre d’une traverse de fer. La chatiere de la lourde porte etait aveuglee par une planchette clouee a l’interieur.

–Comment y voient-ils, la dedans? dit a voix basse Alessandri. –Ils n’ont pas besoin d’y voir, dit un des deux gendarmes de Bormes. Les ici gendarmes, un peu egayes par l’idee de ce qui allait se passer, marchaient a la file, dans les pas l’un de l’autre, en faisant le moins de bruit possible,–et ils en faisaient beaucoup trop a leur gre. Les cailloux roulaient sous leurs pieds avec des sonorites retentissantes dans le grand silence des bois immobiles.

Ils s’arreterent, s’essuyant le front.

–Bah! fit Alessandri d’une voix sourde, ils ne peuvent echapper. Ils y sont, pour sur. . . oui, oui, la bete est au terrier. Ce Maurin, je le tiens a l’oeil. . .

vous saurez bientot pourquoi. Et nous verrons bien! Ouvre l’oreille, Lecorps, et retenons tout ce qu’il dira.

Ils frapperent brusquement a la porte. –Qui va la? fit d’un ton jovial la voix de Maurin. Depuis un moment il les entendait venir, les gendarmes, avec son ouie de fin chasseur. Pauvre Alessandri! Ce n’est pas Maurin, c’est lui qui etait trahi par le cantonnier au renard et par le matelassier son compere! Ils n’auraient pas vendu un Maurin, ces deux vagabonds des routes et des bois.

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