Maurin tira sa pipe de cogolin, sa bonne pipe de bruyere qui lui rappelait les belles

Cabissol–sous leur coiffure de sphinx d’Egypte. La conversation allait bon train, et, par les soins du prefet attentif, glissa bientot aux histoires de chasse. M. Labarterie demanda: –On chasse les merles, dit-on, ici, comme en Corse? Est-ce vrai? Maurin le regarda de travers: –Oui, dit-il, et je vous menerai a la chasse aux merles, quand vous voudrez, mais il faudra laisser a la maison votre « trompette » parce que le site ces oiseaux-la, nos merles de pays,–la trompette les « detourne ». Le prefet sentit le peril et regarda Maurin d’un air inquiet. Mais Maurin etait « parti » et il se mit a s’amuser en bon Provencal galegeaire. –Voici, dit-il, en regardant toujours M. Labarterie, comment nous chassons les merles, nous autres. Je pars bien avant le jour, pour aller a l’agachon, une cabane basse que j’ai faite avec des branches d’arbre au mitan des bois. Dans cette cachette, vous vous mettez tout seul. A travers les branches que vous touchez de la tete quand vous etes assis dessous,–vous voyez le ciel, la-bas, au levant, qui devient un peu blanchatre, puis un peu rouge. . . c’est tout juste la petite pointe du jour. C’est le bon moment « pour faire le merle ».

Pour faire le merle, vous tirez le _chile_ de votre poche.

Voici le mien. Et vous commencez. ecoutez-moi ca! Maurin mit entre ses levres le chilet, sorte de petite boite ronde en fer-blanc, traversee d’un trou au beau milieu, et il commenca a siffler, a imiter le chant du merle. . . –Reponds-moi, Pastoure. Pastoure tira de sa poche un chilet d’une autre forme, fait d’un fragment de patte de langouste, et se mit de son cote a imiter le merle. Tout a coup: –Halte! cria Maurin, d’un ton imperieux. Et il promena un regard circulaire sur l’assemblee: –Votre oreille ne vous a rien dit? interrogea-t-il. Son regard severe s’arreta sur M. Labarterie: –A vous, non, bien sur, parce que vous n’etes pas un merle a plumes, mais remarquez-moi ce passage. . .

Et il s’interrompit pour reprendre sur son instrument le passage incrimine; puis, s’arretant encore tout a coup: –L’avez-vous entendue, cette fois, la fausse note? Non, pardi! mais Pastoure, lui qui l’a faite, l’a comprise, du moins la seconde fois! N’est-ce pas, Pastoure? Pastoure fit signe que oui. –Vous autres, vous n’y avez vu que du feu!. . . mais pas moins, en entendant cette note-la, si vous aviez ete de vrais merles, vous auriez tous f. . . ichu le camp! La vision de cette assemblee de dignitaires s’enfuyant tout a coup, transformee en un vol de merles, surgit si brusque que tout le monde partit en meme temps d’un enorme eclat de rire. Le geste de Maurin semblait eparpiller des merles dans l’espace. Il reprit, toujours tourne vers Labarterie: –Donc, vous etiez en train de faire le merle. . . Attention!. . . En voici un qui se pose dans les branches qui paraissent toutes noires sur le ciel qui blanquege a peine. Vous continuez a chiler. . . En voila un autre, de merle, deux!. .

. trois!. . . Le ciel devient plus clair: vous les apercevez mieux quand ils se posent.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *