Maurin attendait la lievre-sorciere qui ne venait toujours pas

Ce fut Grondard qui tout a coup parut devant lui avec son vilain masque de barbouille.

Celestin tenait dans sa main noire un vieux fusil a un coup. –Au large! dit Maurin, voyant que l’autre restait immobile a dix pas sur le sentier.

. . Passe donc, Grondard, que tu me genes. Tu ne viens pas, je pense, pour me voler mon gibier? –Connais-tu ceci? fit brusquement Celestin Grondard en lui montrant le bouton de cuivre luisant au soleil du matin. –Je n’y vois pas de si loin! repliqua Maurin. Celestin approcha. –Je n’y vois pas de trop pres! Grondard s’arreta et lui tendant le bouton: –Regarde! –ca, dit alors Maurin tranquillement, pressentant un piege et pensant le dejouer par la plus grande franchise, ca, c’est un bouton d’une veste que j’ai. Le marquis de Bregancon, a Cogolin, m’avait donne une de ses vestes, toute neuve, trop etroite pour lui; une jolie veste de velours, avec de beaux boutons de chasse qui etaient a la mode du temps des rois. C’est dommage que j’aie use la veste! Mais les boutons je les ai toujours gardes; il m’en manque un seul. . . ca doit etre celui-la; ou l’as-tu trouve? –Pres de l’endroit meme ou mon pere a ete tue, fit Celestin, a l’endroit ou, je pense, tu etais a l’espere comme un bandit que tu es, pour tirer sur un homme comme sur un sanglier.

Il regardait Maurin fixement avec ses vilains yeux d’une blancheur sanguinolente. Maurin ne sourcilla pas. –Ah! dit-il, c’est a ca que tu en viens? et voila la mauvaise mouche qui te pique, mechant mascare! (noirci). Il se mit a rire. –Nos Maures, reprit-il paisiblement, ont quinze ou vingt lieues de large. C’est amusant pour moi de retrouver un bouton de veste sur un si grand territoire. . . car je ferai la preuve que ce bouton est mien et tu seras force de me le rendre,–que j’y tiens beaucoup! –C’est toi qui as tue l’homme! dit d’une voix sourde et decidee le charbonnier redoutable. Maurin haussa les epaules et porta son index a son front. –Tu demenages, Grondard, dit-il d’un ton apitoye.

Voyez-moi un peu ca!. . .

Tu as rencontre un bouton de ma veste dans le bois, et tu voir la page pretends en consequence que j’ai tue l’homme. En voila, un raisonnement! Si tu avais cherche mieux, tu aurais trouve par la, pas loin du bouton, je pense, du poil de renard ou de la plume de perdreau. Grace a Dieu, il n’y a pas un coin des Maures ou je n’ai tue quelque chose. Et puis sais-tu depuis combien de temps j’ai perdu mon bouton de cuivre? Depuis l’ete passe, collegue!.

. . Ainsi, fiche-moi la paix. Les chiens la-haut, entends-les, sont sur la piste.

Je ne veux pas manquer cette lievre. Allons, fais ta route que tu me genes; file, que je dis! Laisse-moi libre de ma chasse. Et conserve bien le bouton, qu’il faudra bien, un jour, que tu me le rendes! Grondard n’entendait pas de cette oreille. Il executait un plan. Il secoua la tete. Il voulait exasperer Maurin, comptant que le chasseur, dans sa colere, laisserait echapper quelque semblant d’aveu. Sandri sans doute n’etait pas loin de la.

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