Maurin appuya son cri d’un coup de feu, sachant bien que ce bruit effraie toujours un

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. Et il s’engageait sous bois dans la direction des plaintes qu’il avait entendues, lorsque la Corsoise, haletante, rouge, tout echauffee et indignee, vint se jeter contre lui. Elle regardait Maurin avec de grands yeux ardents ou il voyait l’animation de la course et en meme temps la colere qu’elle ressentait contre ses agresseurs inconnus. –En criant, vous m’avez sauvee! dit-elle toute fremissante.

Et dans ses yeux la reconnaissance remplacait la colere. . . Ainsi, il tenait, ici la, dans ses bras, la fiancee du gendarme Sandri! Elle se mettait sous sa protection! Elle le regardait comme un sauveur en ce moment.

Maurin sentit dans son coeur un violent mouvement de fierte et de joie. Prendre a Sandri sa fiancee,–sans mauvaise ruse, bien entendu,–c’etait bien la un triomphe digne du don Juan des Maures, et qu’il esperait depuis quelque temps avec une impatience secrete, et dont il s’etonnait.

–Qu’y a-t-il, ma belle petite? demanda-t-il. Malgre la force de son impatience, le don Juan des Maures etait un male trop energique, trop sur de lui-meme et trop fier, pour jamais essayer de triompher d’une femme par des moyens sournois. Sa grande satisfaction etait de voir les femmes « venir toutes seules », comme il se plaisait a le dire, telles les perdrix au coq. Chacun sait qu’il avait un jour repondu a un curieux qui l’interrogeait sur ses moyens de seduction: –Oh! moi, les femmes, que vous dirai-je? Je les regarde comme ca et elles tombent comme des mouches! A la facon des Maures ses aieux, il aimait les femmes un peu comme de gentils animaux familiers qui doivent servir attentivement leur maitre, l’homme, pour etre vraiment aimables.

Il les aimait dedaigneusement. Et l’inconscient desir qu’elles avaient de vaincre ce dedain n’etait pas pour peu de chose dans les passions qu’il inspirait.

Il y a encore quelques vieilles maisons de paysans, en Provence, ou la femme ne se met pas a table a l’heure des repas. Elle sert les hommes, meme ses fils, et ne s’attable qu’ensuite. On n’ignore pas que les Arabes, voyageant a cheval a la recherche d’un campement nouveau, sont suivis des femmes qui vont a pied chargees comme des betes de somme. Maurin considerait les femmes comme les inferieures predestinees de l’homme; meme les facons galantes, les gentillesses qu’il avait avec elles, etaient comme un tribut un peu meprisant paye a leur frivolite; peut-etre, dans son idee, a leur sottise. Ce qui le distinguait d’un vrai musulman, c’est qu’il avait quelque pitie des femmes. Et ceci augmentait encore chez elles un singulier desir de monter dans son estime, dans son esprit et dans son coeur.

Elles ne voulaient pas plus de sa pitie que de son dedain. Et pour se faire aimer, elles finissaient par lui offrir toutes leurs graces et tout leur amour. Maurin n’avait pas fait, bien entendu, une etude approfondie de ses propres sentiments. Ce qu’il etait il l’etait simplement, et il suivait, sans contrarier la nature, sa vie de chasseur aventureux, laissant au hasard le soin de nouer et de denouer ses histoires amoureuses.

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