Mais tenez, voici don felipe qui revient; l’affaire ne sera pas longue

Figurez-vous que vous pariez a un combat de coqs; je suis convaincu que vous prendrez plaisir a ce qui va se passer. –Mais cependant, reprit don Andres. –Vous me desobligeriez en insistant davantage, caballero, interrompit sechement el Rayo, vous avez je le sais, d’excellents revolvers que Devisme vous a envoyes de Paris; veuillez etre assez bon pour en preter un au senor don Felipe, ils sont charges, je suppose? –Ils sont charges, oui senor, repondit don Andres en presentant a l’officier un de ses pistolets. Celui-ci le prit, le tourna et le retourna entre ses mains, puis levant la tete d’un air desappointe: –Je ne sais pas me servir de ces armes, dit-il.

–Oh! C’est bien facile, allez, repondit courtoisement el Rayo et, dans un instant, vous connaitrez parfaitement leur mecanisme; senor don Andres, veuillez, je vous prie, etre assez bon pour expliquer a ce caballero le maniement, si simple, de ces armes. L’Espagnol obeit; en effet, l’officier comprit au premier mot l’explication qui lui etait donnee.

–Maintenant, senor don Felipe, reprit el Rayo toujours froid et impassible, ecoutez-moi bien: je consens a vous donner cette satisfaction a la condition que quelle que soit l’issue de ce combat, vous vous engagiez, n’est-ce pas, a tourner bride aussitot en laissant le senor don Andres et sa fille libres de continuer leur voyage comme cela leur conviendra: est-ce convenu? –C’est convenu, senor. –Fort bien; maintenant, voici ce que vous et moi, nous allons faire: des que nous aurons mis pied a terre, nous nous placerons a vingt pas l’un de l’autre; cette distance vous convient-elle? –Parfaitement, seigneurie. –Bon; alors, a un signal donne par moi, vous tirerez les six coups de votre revolver: moi, je tirerai ensuite, apres vous, mais une fois seulement, car nous sommes presses. –Pardon, seigneurie, mais si je vous tue de ces six coups? –Vous ne me tuerez pas, senor, repondit froidement el Rayo. –Vous croyez? –J’en suis sur; pour tuer un homme de ma trempe, senor don Felipe, dit el Rayo, avec un accent de mordante ironie, il faut un coeur ferme et une main de fer: vous ne possedez ni l’un ni l’autre. Don Felipe ne repliqua pas, mais, en proie a une rage sourde, le front pale et les sourcils fronces a se joindre, il alla resolument se placer a vingt pas de son adversaire. El Rayo avait mis pied a terre, puis le corps fierement cambre, la tete rejetee en arriere, la jambe droite avancee et les bras croises le site au dos, il s’etait place en face de l’officier. –Maintenant, dit-il, faites bien attention a viser juste; les revolvers, si bons qu’ils soient, ont en general le defaut d’aller toujours un peu haut; ne vous pressez pas, vous y etes? Bien, allez! Don Felipe ne se fit pas repeter l’invitation, il dechargea trois fois coup sur coup son revolver. –Trop vite, beaucoup trop vite, lui cria el Rayo, je n’ai meme pas entendu siffler vos balles. Voyons, plus de calme, tachez de profiter des trois coups qui vous restent. Tous les regards etaient fixes, toutes les poitrines haletantes.

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