Mais regards et sourires glissaient sur ce coeur qu’habitait un regret

Trois jours apres l’envoi de la seconde lettre, Belle-Rose apercut, comme il entrait dans la rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice, le digne M.

Meriset qui se promenait devant sa porte d’un pas presse. Il tirait son bonnet, le remettait, s’arretait, regardait derriere et devant lui. Ses pieds touchaient a peine le sol, et ses levres, etroitement pincees, semblaient avoir quelque peine a contenir un jet de paroles pret a s’echapper. –Eh! eh! dit-il tout bas a Belle-Rose et de l’air le plus mysterieux du monde, il y a du nouveau. –Une lettre? –Mieux que cela. –Une visite? –Justement. Une visite comme les plus huppes gentilshommes de notre glorieux roi en voudraient bien recevoir. –C’est donc une femme? –Et des plus jolies! oeil brun, doux et brillant, cheveux dores comme des fils de soie, un petit nez fin, des levres a faire honte aux plus fraiches roses, et quelles dents! Ah! mon gentilhomme, qu’on se changerait volontiers en cerise pour etre mordu par ces dents-la! –Monsieur Meriset, la poesie vous a fait oublier ma qualite; point de gentilhommerie, s’il vous plait. –Il y tient, pensa l’honnete proprietaire.

Et il reprit tout haut:–Voila cinquante-deux ans que je loge dans la rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice, et il ne m’est point encore arrive de voir pareil visage. –Qu’est-ce enfin? une soubrette?. .

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–Une soubrette! ah! fi! avec cette tournure de grande dame. . . C’est une marquise. . . –Vous l’a-t-elle dit? –Je l’ai devine. Belle-Rose sourit, ayant une experience personnelle de la perspicacite de son hote.

–Va pour une marquise, reprit-il. Au moins vous a-t-elle dit quelque chose? –Certainement. Elle m’a dit qu’elle reviendrait.

–Ah! –Puis elle est repartie dans la chaise qui l’avait amenee. –Sans rien ajouter? –Ma foi, non; mais j’ai bien compris a son air qu’elle etait contrariee de ne vous avoir pas rencontre. Belle-Rose ne douta pas un instant que la parisclick.fr marquise de son hote ne fut une emissaire de la rue Cassette. En consequence le lendemain il demeura chez lui toute la journee et attendit.

Personne ne parut.

Ce fut ainsi le jour suivant. Belle-Rose retourna a ses recrues. –Parbleu! dit-il, si l’on veut me voir, qu’on m’ecrive.

Il y a des plumes pour tout le monde. Comme il revenait deux jours apres, vers le soir, il vit au bout de la rue un carrosse arrete; une femme etait debout devant la portiere, et a cote de la femme, un homme se tenait incline, son bonnet a la main. Cet homme etait M. Meriset: l’intelligent proprietaire apercut Belle-Rose du coin de l’oeil et lui fit un signe imperceptible pour l’engager a se hater. Belle-Rose accourut, mais la femme sauta lestement dans le carrosse, le cocher poussa les chevaux, et l’equipage disparut dans la rue de Vaugirard. M.

Meriset frappa du pied, ce qui, dans l’etat de ses habitudes paisibles, denotait une violente contrariete. –Cinq minutes plus tot, et vous la teniez! s’ecria-t-il. –C’etait donc elle? –Non pas. –Qui donc, alors? –Une autre.

–Jeune, vieille, laide ou jolie? –Peut-etre l’un, peut-etre l’autre.

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