Mais qui aimait-elle? lui, maurin? peut-etre! en tous cas il se faisait temps de le savoir

Pourquoi donc ne se montrait-il pas? C’est qu’il se repetait malgre lui: « Tout a l’heure.  » Il prolongeait cette joie de la poursuite que tous les chasseurs connaissent bien. Oui, il se sentait le maitre de la minute.

Il jouissait, comme le chasseur a l’affut, de voir la bete guettee vivre comme si elle eut ete seule dans le naturel de ses mouvements libres. . . Et il attendait encore.

Peut-etre esperait-il aussi entendre a la fin une des paroles qu’elle prononcait parfois a voix haute, au pied des oratoires. . . Elle etait prosternee en ce moment meme devant l’un des saints piliers. Maurin s’approcha le plus qu’il lui fut possible. Tonia etait a genoux, la tete sur ses bras, les bras contre terre, et elle priait. Il put arriver en silence presque a ses cotes, a trois pas d’elle, a l’abri du pilier devant lequel, absorbee dans sa priere, elle s’ecrasait a genoux.

Hercule, le griffon, obeissant a un signe de son maitre s’etait couche la-bas sous les bruyeres. Maurin devorait des yeux la nuque ronde et solide ou dansaient les cheveux fous, tout tortilles comme des vrilles de vigne sauvage. Il regardait ces fermes jambes nues ou la jeunesse eclatait comme au tronc lisse des jeunes platanes. Il voyait, aux chevilles de la belle fille, perler des gouttes d’eau sur une egratignure. Du sang d’eglantine sous de la rosee! Enfin, elle se releva, avec ces mots a voix haute dits en provencal: –Bouan Diou, bouano mero! que l’ooublidi, aqueou Maourin! (Bon Dieu, bonne mere, faites que je l’oublie, ce Maurin!) Alors il ne vit plus rien, la force de la vie le commanda.

. . il bondit sur elle et ses deux larges mains saisirent la tete brune.

Pour la defense, vite, au bruit, elle s’etait retournee, les bras en avant, et elle etait tombee sous l’assaut, le corps tout contourne, contre la terre, la face vers le visage du cher bandit qui respirait dans son souffle. –C’est toi! dit-elle. Ah! Maurin, Maurin! va-t’en, va-t’en, que tu me perds! Et comme il tendait sa bouche entr’ouverte toute prete au baiser sauvage, elle lui mordit les dents! Alors il l’emporta sous bois. Il la portait assise sur le fer de son fusil, entre les deux bras qui tenaient l’arme. Elle se laissait faire, les bras autour du cou de son ravisseur; ses souliers toujours suspendus a l’un des coudes battaient contre elle, et ses jambes nues et fraiches frolaient la main velue du chasseur. .

. CHAPITRE XXXVI Il n’y a pas de bon mariage morganatique auquel ne preside au moins un ermite.

Ils etaient assis cote a cote sur un lit de braisse dans une baume etroite, une grotte ouverte sous une grande roche, ou bien des fois il s’etait abrite. Apres qu’ils eurent partage le matinal dejeuner du chasseur, servi sur la souple peau flottante qui recouvre les carniers de cuir des Provencaux, site de l’entreprise elle lui dit: –Maintenant, tu sais, tu es mien. . . Je veux etre ta femme. J’obtiendrai tot ou tard le consentement de mon pere,–mais, femme ou maitresse, je te veux pour moi toute seule.

On dit que tu « les as toutes » et je le crois bien, car tu es beau, courageux et fort, mais a partir d’aujourd’hui tu ne seras qu’a moi.

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