Mais, puisque c’est maurin qui vous intrigue, que voulez-vous savoir de lui? ce ne sont pas

–Eh bien, dit M.

Cabissol, ce Maurin est pour moi l’incarnation de sa race. Il est ignorant mais intelligent et fier, calme mais capable des plus vives indignations. Il a la grandeur d’un prince arabe et c’est un pauvre braconnier de Provence. Il est serieux et sur, mais, derriere ses moindres paroles, il y a souvent une gouaillerie cachee. « Cet homme-la, c’est quelqu’un. Dans les armees de la premiere Republique, des hommes comme lui, fils de fruitiere ou charretiers, devenaient generaux a vingt ans et, sous l’Empire, marechaux a trente.

Ce qui manque a des etres pareils, ce sont des champs d’action dignes de leur decision, de leur audace, de leur genie. ca ne redoute rien.

ca sait vouloir.

ca vit braconnier par une ironie du sort; c’est de la race du pirate qui repondit a Alexandre: « Quelle difference y a-t-il entre toi et moi? C’est que tu as une flotte, et moi rien qu’une pauvre petite barque.  » « Gaspard de Besse, notre fameux voleur revolutionnaire, etait de cette race-la; seulement Maurin est d’une scrupuleuse honnetete–c’est-a-dire, helas! un peu degenere! Il finira mal, car il tient de l’humanitaire.

Il reculerait devant un meurtre, meme pour sa legitime defense. Cependant, si on mettait _en leur place_ des energies pareilles a celle d’un Maurin, on ferait des patries bien plus belles. Mais qui s’en occupe? Voulez-vous, monsieur le prefet, jeter sur Maurin des Maures un regard digne de lui? Ecoutez ce fait. Il y a quelque sept ou huit ans, il se trouva raye des listes electorales. Il reclama vainement sa reinscription au maire de Z.

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, devenu on ne sait pourquoi son ennemi personnel. Le maire fit la sourde oreille. Il entendait traiter notre Maurin en vagabond, en errant, quantite negligeable, individualite douteuse.

Maurin insista longtemps mais toujours vainement.

Il pouvait s’adresser au juge de paix, mais il croit qu’il vaut mieux, comme dit le proverbe, avoir affaire a Dieu ou a saint Pierre en personne qu’a de tout petits saints. Que pensez-vous qu’il fit? « –Ma mere, dit-il un matin tout en s’equipant comme pour la chasse, ma mere, si vous ne me revoyez pas d’un mois ou deux, ne soyez pas inquiete: je vais faire un petit voyage. « –A pied? « –Oui. « –Et ou vas-tu? « –Je vais a Paris.  » « Il partit, son fusil au dos, son chien sur ses talons, tuant chaque jour de quoi payer l’auberge.

Le vingt-cinquieme jour il etait a Paris ou, par l’intermediaire d’un depute du Var, homme d’esprit, il demanda une audience au ministre de l’Interieur. Le ministre, sur le portrait que le depute lui fit de Maurin, le recut des le lendemain. J’ai entendu Maurin et j’ai aussi entendu le ministre drive-master.com conter l’entrevue. Les deux recits concordaient. « Maurin, dans son costume de chemineau chasseur, a peine entre dans le cabinet du ministre qui le recut debout, commenca ainsi: « –Avec votre permission, monsieur le ministre, je prendrais bien une chaise–pourquoi je suis un peu fatigue etant venu a pied de Cogolin, comme mon chien pourrait vous le dire, mais je l’ai laisse a l’auberge–pourquoi il est encore plus fatigue que moi.

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