Mais ici, la froideur de dona dolores a son egard, froideur qui ne s’etait pas un

etait-ce la renonciation du jeune homme a sa main, son eloignement immediat que dona Dolores allait exiger de lui? Singuliere contradiction de l’esprit humain! Le comte qui eprouvait pour ce mariage une repulsion de plus en plus marquee, dont l’intention formelle etait d’avoir le plus tot possible une explication a ce sujet avec don Andres de la Cruz, et dont la resolution bien arretee etait de se retirer et de renoncer a l’alliance depuis si longtemps preparee et qui lui deplaisait d’autant plus qu’elle lui etait imposee, se revolta a cette supposition de la renonciation que sans doute dona Dolores allait lui demander; son amour-propre froisse lui fit envisager cette question sous un jour tout nouveau, et le mepris que la jeune fille semblait faire de sa main, le remplit de honte et de colere. Lui, le comte Ludovic de la Saulay, jeune, beau, riche, renomme pour son esprit et son elegance, un des membres les plus distingues du jockey-club, un des dieux de la mode, dont les conquetes occupaient a Paris toutes les bouches de la renommee, n’avoir produit sur une jeune fille a demi-sauvage, d’autre impression que celle de la repulsion, n’avoir inspire d’autre sentiment qu’une froide indifference; il y avait certes la de quoi se desesperer; un instant meme il en vint a se figurer, tant le depit l’aveuglait, qu’il etait reellement amoureux de sa cousine, et il fut sur le point de faire le serment de rester sourd aux prieres et aux larmes de dona Dolores et d’exiger, dans le plus bref delai, la conclusion de son mariage. Mais heureusement l’amour-propre, qui l’avait pousse a cette determination extreme, lui souffla tout a coup un moyen plus simple, et surtout plus agreable pour lui, de sortir d’embarras. Apres avoir jete un regard de complaisance sur sa personne, un sourire de hautaine satisfaction illumina son visage; il se trouva physiquement et moralement si fort au-dessus de tout ce qui l’entourait, qu’il n’eprouva plus qu’un sentiment de misericordieuse pitie pour la pauvre enfant, que la mauvaise education qu’elle avait recue empechait d’apprecier les innombrables avantages qui lui faisaient l’emporter sur ses rivaux, et de comprendre le bonheur qu’elle trouverait dans son alliance. Ce fut en roulant toutes ces pensees et bien d’autres dans sa tete, que le comte sortit de chez lui, traversa la cour, et se rendit a l’appartement de dona Dolores. Il remarqua, sans y attacher grande importance, que plusieurs chevaux selles et brides attendaient dans la cour, maintenus par des peones. A la porte de l’appartement se tenait une jeune Indienne, au minois chiffonne et aux ici yeux brillants, qui le recut avec un sourire et une grande reverence en lui faisant signe d’entrer. Le comte la suivit; la cameriste traversa plusieurs salles de plein-pied elegamment meublees, et finalement, elle releva une portiere de crepe de Chine blanc brode de grandes fleurs de toutes couleurs, et introduisit, sans prononcer un mot, le comte dans un delicieux boudoir, meuble tout en laque de Chine.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *