–mais ce n’est pas le moyen de me faire parler, cela! s’ecria-t-il naivement

–Non, repondit froidement l’aventurier, mais c’est celui de te faire taire. –Hum! fit-il, vous disposez de si bons arguments, Excellence, qu’il n’y a pas moyen de vous resister, je prefere tout vous dire. –Tu auras raison. –Donc, voici en deux mots: j’etais non seulement charge d’espionner dona Dolores, mais encore de surveiller la vieille dame et la jeune fille chez lesquelles elle demeure et de plus toutes les personnes qui leur font visite. –Diable! C’etait la bien de la besogne pour un homme seul. –Pas trop, Excellence; elles ne recoivent presque personne.

–Et depuis quand fais-tu cet honorable metier, drole? –Depuis dix ou douze jours, Excellence. –Ainsi tu faisais partie des bandits qui ont essaye de s’introduire de vive force dans cette maison? –Oui, Excellence, mais cela ne nous a pas reussi.

–Je le sais; es-tu au moins bien paye par celui qui t’emploie? –Il ne m’a encore rien donne, je dois en convenir, mais il m’a promis cinquante onces.

–Oh! Les promesses ne coutent rien a don Melchior; il lui est plus facile de promettre cinquante onces que de donner dix piastres. –Vous croyez, Excellence? Il n’est donc pas riche? –Lui? il est plus gueux que toi. –Hum! Alors c’est triste, car je n’ai encore reussi a economiser que des dettes.

–Je dois convenir que tu es un rude imbecile et que tu merites bien ce qui t’arrive. –Moi, Excellence? –Pardieu! Qui donc? Comment, drole, tu t’atteles a la suite d’un miserable qui n’a ni sou ni maille, qui est ruine sans ressources, au lieu de site de l’entreprise prendre parti pour ceux qui te pourraient payer. –Qui sont donc ceux-la, s’il vous plait, Excellence? je vous avoue que j’ai les dents tres longues et que je servirais ces personnes avec enthousiasme. –Je n’en doute pas; te figures-tu par hasard que je vais m’amuser a te donner des conseils? –Ah! Si vous vouliez, Excellence, je vous servirais avec bonheur. –Toi, allons donc. –Pourquoi pas, Excellence? –Dam, puisque tu es l’ennemi de ceux que j’aime, tu dois etre le mien.

–Oh! Si je l’avais su. –Qu’aurais-tu fait? –Je ne sais pas, mais pour sur je ne les aurais pas espionne; employez-moi, Excellence, je vous en supplie.

–Tu n’es bon a rien.

–Mettez-moi a l’epreuve, vous verrez, Excellence, je ne vous dis que cela. L’aventurier feignit de reflechir; Jesus Dominguez attendait avec anxiete. –Non, dit-il enfin; tu es un homme sur lequel on ne saurait compter. –Oh! Que vous me connaissez mal, Excellence, moi qui vous suis si devoue. L’aventurier eclata de rire. –Voila un devouement a ma personne qui t’es venu bien vite, dit-il. Eh bien, voyons je consens a faire un essai; mais si tu me trompes? –Il suffit, Excellence, je vous connais; soyez tranquille, vous serez content de moi; de quoi s’agit-il? –De retourner ton dolman tout simplement. –Bon, je comprends, c’est facile; mon maitre ne fera pas un pas sans que vous en soyez averti. –Bon! N’a-t-il pas un ami intime, ce cher don Melchior! –Oui, Excellence, un certain don Antonio Cacerbar; ils sont unis comme les doigts de la main.

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