Maintenant va-t-en vite avant moi, pour eviter tout scandale

Il s’habilla a la hate et sortit de la chambre. Madame de site de l’entreprise Saint-Baume l’attendait dans son petit salon.

–Eh bien, interrogea-t-elle avec son sourire malin, sommes-nous content? –Ravi, ma chere baronne, vous etes la Providence des amoureux.

–Quand je vous le disais! Il passa a l’annulaire crochu de la proxenete une bague de haut prix, et quitta l’hotel le paradis dans l’ame. VII Depuis ce jour la vaillance de Fernand ne se dementit pas un seul instant. Blanche est la plus heureuse des femmes, et lorsque ses petites amies la plaisantent sur ses yeux battus, au lieu de se facher comme autrefois, elle egrene le chapelet de perles de ses rires argentins. LA TARE I De la fenetre, par l’ecran de papier, s’epanche un rayon clair qui vient illuminer l’eau-forte de Paul Grimail. Le tres jeune artiste contemple son oeuvre, indecis: sous le col ondulant du cygne, Leda se pame en une torsion enlacante, et l’aile toute blanche, affaissee sur l’amante, explique les cambrures de ce corps enerve par la caresse duveteuse. Ainsi doivent s’exprimer les transports de la passion, ainsi ont-ils toujours apparu dans ses reves;–car l’ephebe les ignore reels: nulle ne lui offrit l’amour; jamais il n’osa le mendier, et il lui repugne d’imposer son desir a la vendeuse en besoin. Il pense. Machinalement il frole le bandeau qui couvre en partie sa figure et son front; dessous se cache une horrible bouffissure violatre. Aussi loin que peut remonter sa memoire, l’artiste revoit sa tete d’enfant bridee par le triste bandeau et sa mere lui defendant de le retirer: « cela ferait pleurer la sainte Vierge.  » Aux murs de l’atelier, entre les costumes orientaux, les panoplies et les dressoirs a ceramiques, des platres suspendus ou piedestales. Pour lui, Semiramis et Minerve semblent faire valoir leurs formes graciles ou majestueuses. Il les considere ayant pour ses desirs une pitie ironique. Ne connaitre de la femme que cette artistique immobilite! Il ne saura jamais les etreintes ni les baisers! Mythes, les voluptes ressenties par de plus heureux, par tous!–Bah! Il est fou! C’est demence se complaire en des souhaits irrealisables. Il s’approche a la croisee. Dans la rue, le carnaval bruit. Les trompes hurlent une invite aux viriles ivresses. Paul Grimail dechire l’ecran et voit.

Les fiacres cahotent des cartonnages grimacants, de voyantes etoffes et des faces platrees; de chez le perruquier voisin une fille s’echappe, la chevelure toute piquee de noeuds roses et de fleurs; et, au milieu de la cohue en tumulte, un polichinelle enorme, cramoisi, marche; deux cocottes se frottent a ses flancs afin de partager sa gloire. Lui, arrache son bandeau, surpris par une idee, encore vague, mais grosse de consequences heureuses. Il court a un coffre etrange donne par son maitre, le celebre Vomera. C’etait le present d’un samourai qui fut a Yeddo l’hote du peintre des jaunes. Paul Grimail fait baver au coffre un flot de tissus chatoyants; et longuement en choisit. II Il va par les boulevards illumines.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *