Maintenant ordonnez, et vous verrez si j’hesiterai a me faire tuer

–Non pas, monsieur, vous triompherez avec vos grenadiers.

Ils sont un contre deux! eh bien, nous avons pour nous la vue de ce village qui voir la page brule! Chaque chaumiere qui croule crie vengeance. En avant! Toute la troupe entendit ces mots. Les soldats electrises s’elancerent, et Jacques, emporte le premier, sentit courir dans ses veines le frisson de la guerre. Les Hongrois, apres s’etre mis en bataille, attendaient les Francais en poussant mille cris. Grace a la superiorite du nombre, ils comptaient sur une facile victoire; bien eloignes de mettre la riviere entre eux et les assaillants, ce qui aurait double leurs forces par l’avantage de leur position, ils coururent a leur rencontre pele-mele et sans ordre, aussitot qu’ils les virent s’ebranler. Le choc fut terrible; la fusillade eclata sur toute la ligne, et les cavaliers s’aborderent le sabre et le pistolet au poing. Un instant on put croire que le succes serait douteux. Les combattants ne faisaient qu’une masse mouvante etreinte par la colere et le sauvage amour du sang; de cette masse confuse montait un bruit de fer mele a des hurlements de mort. A toute seconde un homme disparaissait du milieu de cet ocean de tetes qu’entouraient mille eclairs, ou sonnait le cliquetis des armes, et l’espace se resserrait; mais les decharges des grenadiers de M. du Coudrais, qui combattaient en bon ordre, avaient eclairci les rangs de l’ennemi; les Hongrois, ecrases sous une grele de balles partant de tous les cotes a la fois, presses par la fougue ardente des cavaliers qu’enflammait l’exemple de M.

d’Assonville, mollirent et lacherent pied.

Un soldat regarda en arriere, un autre tourna bride, un troisieme se jeta tout arme dans la Ternoise, dix ou douze decamperent, un escadron plia tout entier, puis tous enfin reculerent dans un desordre affreux. –En avant! cria de nouveau M. d’Assonville, et poussant son cheval sur les derniers combattants, il precipita toute la troupe dans la riviere.

Quand les chevaux enfoncerent les pieds dans l’eau, ce fut une deroute.

Les Hongrois et les Croates partirent au galop, jetant leurs mousquetons, et le sabre hacha les fuyards. Jacques voyait pour la premiere fois et de pres toutes les horreurs d’un combat. L’emotion faisait trembler ses levres; mais le piaffement des chevaux, l’eclat des armes, le bruit des explosions, l’odeur de la poudre, excitaient son jeune courage; il brandit son sabre d’une main ferme et se lanca tout droit devant lui. Un Croate qu’il heurta dans sa course lui lacha a bout portant un coup de pistolet; la balle traversa le chapeau de Jacques a deux pouces du front. Jacques riposta par un coup de pointe furieux. Le Croate tomba sur le dos, les bras etendus; le sabre lui etait entre dans la gorge; Jacques sentit jaillir sur sa main le sang bouillonnant et chaud; il regarda le soldat palissant qu’emportait le cheval effare. C’etait le premier homme qu’il tuait; Jacques abaissa la pointe de son sabre et frissonna, mais il etait au premier rang, et le tourbillon le poussa en avant.

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