–madame, repondit genevieve, un malheureux accident a frappe une personne pour laquelle vous professez des sentiments

Mme d’Albergotti palit a ces mots.

–Il a ete arrete par ordre de M. de Louvois et conduit a la Bastille, continua Mme de Chateaufort. Mme d’Albergotti appuya la main sur son coeur et chancela. Le froid de la mort l’avait saisie. Mais Mme de Chateaufort etait devant elle, Suzanne se roidit contre le mal. –Je ne cherche pas a dissimuler la douleur que me cause cette nouvelle, vous la voyez assez, madame, dit-elle. M.

Jacques Grinedal etait des amis de ma famille et des miens; mais quelque part que je prenne a son infortune, que puis-je faire pour lui? –Il est en prison, la mort le menace, et vous me demandez ce que vous pouvez faire pour lui? s’ecria la duchesse avec explosion. Suzanne regarda Mme de Chateaufort et attendit. –Mais vous pouvez le sauver! reprit Genevieve. –Moi, madame? et comment le pourrai-je? Parlez, et si l’honneur me le permet, je suis prete.

–Vous avez ete presentee au roi. . .

L’avez-vous ete? continua Mme de Chateaufort rapidement. –Je l’ai ete au camp de Charleroi, par M. d’Albergotti. –Sa Majeste a pour le marquis une estime toute particuliere, dit-on? –Sa Majeste a bien voulu lui en donner l’assurance en lui remettant le gouvernement d’une place considerable. –Eh bien! madame, la vie de Belle-Rose est dans les mains du roi, lui seul peut l’arracher des mains de M. de Louvois.

Courez a Lille, et obtenez qu’il intervienne entre Belle-Rose et le ministre.

Suzanne sentait son coeur se briser.

Elle voyait la grace de Belle-Rose suspendue a sa decision et restait muette. –Il est a la Bastille! qu’attendez-vous, madame? dit Genevieve. –M. d’Albergotti est ici, dit Suzanne d’une voix mourante. –Mais c’est de Belle-Rose qu’il s’agit! Me comprenez-vous? Quoi! tant de malheur sur sa tete et tant d’indifference dans votre coeur! Suzanne leva vers le ciel ses yeux remplis de larmes. –Il vous aime et vous hesitez! reprit Genevieve. –C’est parce qu’il m’aime que je n’hesite plus! s’ecria Suzanne en relevant la tete: il faut que je reste digne de cet amour. Lui-meme me repousserait si je quittais cette maison ou l’honneur me retient. Si j’etais libre, je serais pres de lui; mariee, je reste ou est mon mari.

–Voila donc comme vous l’aimez, o mon Dieu! s’ecria Genevieve, les mains tendues vers le ciel et le regard etincelant; s’il m’avait aimee comme il vous aime, j’aurais tout oublie, moi, tout! –Chacune a son coeur, dit Suzanne; Dieu nous voit et Dieu nous juge. –Oh! vous ne l’avez jamais aime! –Je ne l’ai pas aime! s’ecria Suzanne qui se tordait les mains de desespoir; mais savez-vous que depuis mon enfance ce coeur n’a pas eu un battement qui ne soit a lui, que sa pensee est tout ensemble ma consolation et mon tourment, que je n’existe que par son souvenir, que je l’aime si profondement que je ne voudrais pas lui apporter une vie ou l’ombre d’une faute eut passe, une ame que le souffle du mal eut ternie; que je veux rester forte et pure pour qu’il se souvienne de moi. Je ne l’aime pas, dites-vous? Mais laquelle de nous deux l’aime le mieux? Si c’etait la volonte de Dieu que je fusse a lui, ma main s’unirait parisclick.fr a la sienne sans trouble et sans remords; il lirait dans ma vie comme dans une eau limpide.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *