–ma foi, puisque vous etes servies, dit gaiement don jaime, je ne vous laisserai pas souper

–Quel bonheur! s’ecria dona Carmen.

Les cavaliers offrirent alors la main aux dames et les conduisirent aux sieges prepares pour elles, puis ils prirent place a leur cote.

Le souper commenca. Il fut ce qu’il devait etre entre gens qui s’aimaient et se connaissaient de longue date, c’est-a-dire joyeux et plein d’entrain et de douce intimite. Jamais les jeunes filles n’avaient ete aussi heureuses, cet imprevu les charmait.

Les heures s’ecoulaient rapidement sans que personne songeat a en faire la remarque; tout a coup minuit sonna a une pendule placee sur une console dans la salle a manger meme. Les douze coups tomberent les uns apres les autres avec une majestueuse lenteur au milieu de la conversation qu’ils glacerent subitement et arreterent net. –Mon Dieu! s’ecria dona Dolores avec un leger mouvement de frayeur, deja si tard! –Comme le temps passe! dit nonchalamment don Jaime; il nous faut maintenant songer au depart. On quitta la table et les trois amis, apres avoir promis de revenir le plus tot et le plus souvent possible faire visite aux trois recluses, se retirerent enfin, laissant les dames libres de se livrer au repos.

Lopez attendait son maitre sous le zaguAn. –Que me veux-tu? lui demanda celui-ci. –Nous sommes espionnes, repondit le peon. Il le conduisit a la porte et fit silencieusement glisser un guichet dans une rainure. Don Jaime regarda; juste en face de la porte, presque confondu avec l’obscurite qui regnait dans un enfoncement produit par les deblais et les echafauds d’une maison en reparation, un homme, qui aurait echappe a un regard moins percant que celui de l’aventurier, se tenait immobile. –Je crois que tu as raison, dit don Jaime au peon; dans tous les cas, il est urgent de s’en assurer, et je m’en charge, ajouta-t-il entre ses dents avec une expression terrible. Change avec moi de manteau et de chapeau; tu accompagneras ces caballeros; cet homme a vu entrer trois hommes, il faut qu’il en voie sortir trois; maintenant a cheval et partez. –Mais, dit Dominique, il serait plus simple, il me semble, de tuer cet homme. –Cela pourra venir, repondit don Jaime, mais je tiens avant tout a m’assurer que c’est bien un espion; je ne me soucie pas de commettre une meprise. Ne vous inquietez pas de moi, avant une demi heure je vous rejoindrai et je vous rendrai compte de ce qui se sera passe entre cet homme et moi. –A bientot, dit le comte en lui serrant la main. –A bientot. Ils sortirent alors suivis de Leo Carral et des deux domestiques du comte. Le vieux serviteur de dona Maria referma bruyamment la porte derriere eux, mais il eut le soin de la rouvrir aussitot sans bruit. Don Jaime s’etait replace au guichet d’ou il drive-master.com lui etait facile de suivre tous les mouvements de l’espion suppose.

Au bruit cause par le depart des jeunes gens, celui-ci s’etait vivement penche en avant afin, sans doute, de remarquer la direction qu’ils prenaient, puis il s’etait renfonce dans l’obscurite, et il avait repris son immobilite de statue.

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