Lui, avec les idees que tu racontes, il ferait pire que les pires

Et quelle instruction ca a-t-il, d’abord, un jean-foutre comme ca, il me fera dire,–tout mon fils qu’il est? Quelle science a-t-il pour vouloir faire la justice a lui tout seul, lorsque tant de savants n’arrivent pas seulement a deviner ou elle se trouve? Est-ce qu’il la connait, la justice? Qui veut conduire la voiture doit savoir mener un cheval. . . Ah! pauvre France! –Je lui ai dit tout ca, fit Saulnier. –Et qu’a-t-il repondu, le gueux? –Qu’il savait ou il allait: que ca ne regardait personne. . . Et puis, il y a encore quelque chose de plus inquietant. . . –Quoi? –Voila. On lui a fait accroire a Toulon. . . des mauvais farceurs lui ont mis ca en tete. .

. apres l’avoir fait boire. .

.

–Et quoi donc? fit Maurin avec impatience.

–Qu’on savait qui etaient son pere et sa mere et que c’est des grands personnages. –Et qui est-ce, d’apres lui? –Son pere, a ce qu’il dit, est un grand amiral qui serait devenu gouverneur aux colonies, et sa mere, qui l’a eu quand elle etait fille, a epouse, selon lui, au lieu de son pere, un autre savant qui est devenu ministre par son merite. On lui drive master a dit qu’elle vient habiter des fois a Saint-Raphael et il jure qu’il ira lui parler.

–Je vois, dit Maurin, que c’est un fier imbecile et qu’il est temps que je me fasse connaitre a lui. Sans cela, cette tete pas finie fera quelque escooufestre (scandale) et troublera le menage de quelque pauvre dame avec ses imaginations qu’un diable lui souffle! Je paraitrai. Pour peu que je tarde, il se croira fils de pape! –Tu aurais du paraitre plus tot, fit le vieux Saulnier.

–Eh! je n’ai pas pu.

C’est toute une histoire. J’ai cru bien faire en ne disant jamais rien, rapport a la mere. . .

Mon secret n’est pas a moi. . . Merci, Saulnier. Tiens, voila mon « merci ».

Maurin payait de temps en temps de quelque gibier, poil ou plume, les services de son brave ami le cantonnier.

Il lui offrit, cette fois, deux lapereaux que l’autre pourrait vendre au conducteur de la diligence. –A propos, dit Maurin en le quittant, je te ferai donner une gratification par le prefet. Il dit cela simplement, comme un sultan qui annonce a un pauvre qu’il lui enverra son vizir, porteur d’une bourse bien garnie. Et l’autre ne s’etonna pas. –Merci, Maurin, dit-il, tu es brave. Un peu de protection, ca n’est jamais de refus. Tout va par protection sur la terre. Le merite, on s’en fiche!.

. . Maurin s’en alla meditant, se demandant a quel jour, a quelle heure, de quelle facon, en quels termes il ferait irruption dans la vie de l’enfant perdu, en train de devenir comme il disait: « un mauvais homme.  » –Ah! Dieu t’a abandonne, mon gaillard? Eh bien! attends un peu: je vais te le rendre. CHAPITRE XXXIII De la rencontre qu’eurent pour la premiere fois Maurin des Maures et son fils Cesariot sous un arbre qui est celebre dans le Var sous le nom de _Pin Berthaud_, et comment le don Juan des bois se revela pere de famille a la romaine et a la provencale.

Decide a avoir une conversation avec le jeune Cesariot, Maurin partit un beau matin pour Saint-Tropez.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *