Lorsque toutes les troupes furent passees, le general quitta le palais a son tour, avec son

Un nombreux escadron de cavalerie stationnait sur la place.

–Quels sont ces cavaliers? demanda le general. –Ma cuadrilla, repondit don Jaime en s’inclinant. Ces cavaliers revetus d’epais manteaux, la tete couverte de chapeaux a larges bords, ne laissaient voir que le bas de leurs visages couvert de barbe. Ce fut vainement que le president les examina en essayant de voir leurs traits. –Vous ne les reconnaitrez pas, lui dit don Jaime a voix basse: ces barbes sont fausses, leur costume lui-meme est un deguisement; mais, croyez en ma parole, ils n’en frapperont pas moins de bons coups dans la bataille. –J’en suis persuade, et je vous remercie. On se mit en marche. Don Jaime leva son epee, les cavaliers evoluerent et se placerent en arriere-garde; ils etaient trois cents. Au rebours de la cavalerie mexicaine dont la lance est l’arme de predilection, ils portaient la carabine, la latte droite des chasseurs d’Afrique francais et les pistolets dans les fontes. A minuit on campa. Ordre fut donne de ne pas allumer les feux de bivouac.

Vers trois heures du matin un batteur d’estrade arriva.

Il fut aussitot conduit au president. –Ah! Ah! C’est toi Lopez; dit le general en le reconnaissant. –Oui, mon general, repondit Lopez en souriant a don Jaime assis aupres du president et fumant nonchalamment une cigarette. –Quoi de nouveau? As-tu des nouvelles de l’ennemi? dit Miramon. –Oui, mon general, et de toutes fraiches. –Tant mieux; ou est-il? –A quatre lieues d’ici. –Bon, nous y serons bientot alors.

Quel corps est-ce? –Celui du general don Jesus GonzAlez Ortega. –Bravo, fit joyeusement le president, tu es un garcon precieux; tiens, voila pour toi. Il lui mit quelques pieces d’or dans la main. –Donne-moi des details, reprit-il. –Le general Ortega amene avec lui onze mille hommes, dont trois mille cavaliers et trente-cinq pieces de canon. –Les as-tu vus? –J’ai marche pendant plus d’une heure avec eux. –Dans quelle disposition sont-ils? –Dam, general, ils sont enrages apres vous. –Bien, repose-toi, tu as une heure a dormir. Lopez salua et s’eloigna. –Enfin, dit Miramon, nous allons donc etre en presence. –Combien avez-vous de troupes, general? demanda don Jaime.

Six mille hommes, dont onze cents cavaliers et vingt pieces de canon. –Hum, fit don Jaime, contre onze mille! –Ce n’est pas tout a fait le double, mon ami: le courage suppleera au nombre. –Dieu le veuille. A quatre heures le camp fut leve; Lopez servait de guide. Les troupes, transies de froid etaient dans de mauvaises dispositions. Vers sept heures du matin, on fit halte; l’armee fut rangee en bataille dans une position assez avantageuse, les pieces mises en batterie. Don Jaime rangea ses cavaliers derriere la cavalerie reguliere. Puis, toutes les dispositions prises, on dejeuna. A neuf heures du matin, on commenca a entendre site de l’entreprise ce que les Espagnols appellent un _tiroteo_: c’etaient les grands-gardes qui se repliaient devant les tetes de colonnes d’Ortega qui debouchaient sur le champ de bataille choisi par Miramon, et qui engageaient la fusillade avec elles.

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