Lorsque les hommes qui accouraient vers lui ne se trouverent plus qu’a quelques pas, il s’arreta

–Qu’est-ce a dire, Dominique, repondit en francais l’aventurier, quel besoin si pressant avez-vous donc de nous? –Eh! Cela vous creve les yeux, il me semble; ne voyez-vous pas que drive-master.com j’amene un blesse? –Un blesse! s’ecria Olivier en faisant un bond de tigre et se trouvant presque immediatement aupres du jeune homme; de quel blesse parlez-vous donc? –Pardieu! De celui que j’ai assis, tant bien que mal, sur mon cheval et que je ne serais pas fache de voir dans un bon lit, dont, soit dit entre nous, il a le plus grand besoin; car s’il vit encore, c’est, sur mon ame, grace a un miracle incomprehensible de la Providence. L’aventurier, sans lui repondre, enleva brusquement le zarape jete sur le visage du blesse et l’examina pendant quelques minutes, avec une expression d’angoisse, de douleur, de colere et de regret impossible a decrire. Son visage, subitement pali, avait pris des teintes cadavereuses, un tremblement convulsif agitait tous ses membres, ses regards fixes sur le blesse semblaient lancer des eclairs et avaient une expression etrange.

–Oh! murmurait-il d’une voix basse et saccadee par l’orage qui grondait au fond de son coeur, cet homme! C’est lui! C’est bien lui, il n’est pas mort! Dominique ne comprenait rien a ce qu’il entendait; il regardait Olivier avec etonnement, ne sachant ce qu’il devait penser des paroles qu’il prononcait. –Ah, ca! dit-il enfin avec une explosion de colere, qu’est-ce que cela signifie? Je sauve un homme, Dieu sait comment, a force de soins, a travers mille difficultes, je parviens a amener ici ce pauvre malheureux qui, sans moi, caray, je puis le dire, serait mort comme un chien et voila comment vous me recevez? –Oui, oui, rejouis-toi, lui dit l’aventurier avec un accent amer, tu as commis une bonne action; je t’en felicite, Dominique, mon ami; elle te profitera, sois-en sur, et cela avant longtemps. –Vous savez que je ne vous comprends pas, s’ecria le jeune homme.

–Eh! Qu’est-il besoin que tu me comprennes, pauvre garcon! repondit-il en haussant avec dedain les epaules; tu as agi selon ta nature, sans reflexion, et sans arriere-pensee, je n’ai pas plus de reproches a t’adresser que d’explications a te donner. –Mais enfin, quoi? Que voulez-vous dire? –Connais-tu cet homme? –Ma foi, non; pourquoi le connaitrai-je? –Je ne te demande pas cela; puisque tu ne le connais pas, comment se fait-il que tu nous l’amenes ainsi au rancho, sans dire gare? –Mon Dieu, par une raison bien simple: je revenais de Cholula, lorsque je l’ai trouve couche en travers du chemin, ralant comme un taureau agonisant.

Que pouvais-je faire? L’humanite ne me commandait-elle pas de lui porter secours? Est-il permis de laisser ainsi mourir un chretien sans essayer de lui venir en aide? –Oui, oui, repondit ironiquement Olivier, tu as bien agi; certes, je suis loin de te blamer.

Comment donc! Un homme de coeur ne saurait rencontrer un de ses semblables navre aussi cruellement, sans lui porter secours. Puis, changeant de ton subitement et haussant les epaules avec pitie: est-ce donc au milieu des peaux-rouges parmi lesquels tu as si longtemps vecu que tu as recu de telles lecons d’humanite? ajouta-t-il.

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