L’officier se leva, et, apres bien des efforts, nous parvinmes a ce pavillon, qui etait alors

ici

–M. d’Assonville m’a dit que vous l’aviez sauve, interrompit Belle-Rose. –Et il vous a dit aussi que je l’avais aime? Belle-Rose inclina la tete. –Ses blessures etaient nombreuses, mais peu graves, reprit Mme de Chateaufort. Avec le secours de ma nourrice et de son mari, qui m’etaient devoues, je pus cacher et proteger M.

d’Assonville. Mon pere etait frondeur, et je n’osais lui parler de cette aventure, n’ayant pas alors une juste idee de cette guerre. Le mystere de nos entrevues plaisait d’ailleurs a ma jeune imagination, et il m’etait doux de penser que je jouais aupres d’un bel officier malheureux le role d’une fee secourable. Ma mere, qui etait d’un caractere doux et timide, et qui aurait tout revele a M.

de La Noue, dont elle avait grand’peur, ne sut rien non plus de toute cette affaire.

M. d’Assonville guerit. Il etait jeune, spirituel et beau; il m’aima et je l’aimai. Il etait encore languissant et faible, que deja je lui appartenais.

Lequel de nous etait le plus coupable, de celle qui, jeune encore et sans experience aucune, s’abandonnait a l’amour d’un malheureux qu’elle avait sauve, ou de celui qui, de la jeune fille innocente, de son hotesse et de sa protectrice, fit sa maitresse? –N’accusez pas ceux qui sont morts, dit Belle-Rose. –Je n’accuse pas, je raconte.

Bientot cependant, reprit Genevieve, M.

d’Assonville dut s’eloigner. La guerre et les partis contraires dans lesquels mon pere et lui servaient eloignaient toute pensee de mariage. Parfois il s’echappait et venait me voir au pavillon. Que de jours de deuil devaient amener ces heures d’ivresse! Sur ces entrefaites ma mere mourut, et le desespoir que m’inspira cette mort rapide comme la foudre me revela que moi aussi j’etais mere. Des tressaillements inconnus repondirent a mes sanglots, et ce fut en embrassant le cadavre de ma sainte mere que je sentis les fremissements de l’etre qui s’agitait dans mon sein! Tandis que Genevieve parlait, deux grosses larmes roulaient sur ses joues. –Pauvre femme! murmura Belle-Rose, qui sentait son coeur pris dans un etau. –Oh oui! pauvre femme! reprit Genevieve, car ce que j’etais alors, je ne le suis plus aujourd’hui, et ce que je suis devenue, je ne l’aurais pas ete sans cette honte et ce deuil de ma jeunesse! Le lendemain, continua-t-elle, j’ecrivis a M. d’Assonville; ma lettre demeura sans reponse; j’ecrivis encore, j’ecrivis vingt fois; le silence et l’abandon m’entouraient: je crus a son oubli, et si je n’avais pas eu la vie de mon enfant a sauver, je me serais tuee.

J’etais alors sous la garde d’une tante agee, la soeur de mon pere, rude et severe comme lui. Ma nourrice seule me voyait pleurer et me consolait.

Il y avait alors au chateau un jeune Espagnol, mon parent du cote de ma mere, qui avait obtenu un sauf-conduit pour visiter la France. Ma tristesse l’etonnait et l’affligeait. Je compris bientot qu’il m’aimait; les malheureux ont besoin d’affection, et je lui vouai une reconnaissance profonde pour tous les soins dont il m’entourait.

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