L’infatigable activite de louvois, qui ne laissait pas d’etre un grand ministre, malgre ses defauts, avait

Quant aux generaux, c’etaient les memes qui, en 1668, avaient conquis toute la Flandre espagnole en deux mois: Crequi, Turenne, Conde, Grammont, Luxembourg. Colbert avait porte le nombre des vaisseaux de haut bord a cent; le magnifique bassin de Brest etait creuse, et l’habile ministre avait cree quatre autres arsenaux de marine: Rochefort, Le Havre, Dunkerque et Toulon.

Tout etait pret pour la guerre, la France avait la main sur la garde de son epee. Cependant la Hollande, confiante dans ses lagunes et dans ses digues, laissait tomber en ruine ses places fortes demantelees; le parti des republicains rigides l’emportait; les deux freres de Witt et le grand Ruyter, qui ne voyaient qu’une ile dans la Hollande, gouvernaient, et ne songeant qu’a la mer, dedaignaient l’armee, composee au plus de vingt-cinq mille mauvais soldats. A toute heure des regiments francais s’acheminaient vers les places frontieres ou l’incendie allait s’allumer. Arras, Bethune, Le Quesnoy, Landrecies, Maubeuge, Saint-Pol, Saint-Omer etaient encombrees de troupes. Des milliers de gentilshommes accouraient de tous les points de la France, jaloux de faire leurs premieres armes sous un prince qui pouvait dire: L’etat, c’est moi.

Quelque chose de tous ces bruits arrivait aux oreilles de Belle-Rose, que le sentiment de son inaction ecrasait; il demandait partout et en toute occasion des details sur les preparatifs qui donnaient au royaume l’apparence d’une grande ruche guerriere.

M. de Pomereux, qui le visitait parfois dans sa retraite, lui racontait tout ce qu’on disait a paris Versailles et a Chantilly des projets du roi; il lui parlait des camps qui s’asseyaient aux bords de la Sambre et de l’enivrement qui gagnait de proche en proche la chaumiere et le chateau. L’enthousiasme etait partout. Chaque jour augmentait la fievre qui consumait Belle-Rose. Dans le silence de ses reveries, il se demandait s’il etait destine a vieillir et a mourir dans l’obscurite d’une abbaye, s’il ne devait pas compte de sa jeunesse et de sa vie a la France, si l’epee que M. de Nancrais lui avait passee a la ceinture etait condamnee a rester au fourreau, et s’il ne valait pas mieux etre tue tout d’un coup que d’attendre patiemment des jours oisifs et l’oubli.

Dans la position que lui avaient faite les evenements, le repos le perdait. M.

de Louvois n’etait pas de ces hommes en qui le temps use la memoire; pour combattre et vaincre sa force, il fallait une force rivale; la lutte pourrait dompter, sinon detruire sa haine. Belle-Rose se souvenait avec un trouble delicieux des emotions et des hasards de la guerre; il voyait passer devant ses yeux l’image animee et bruyante des camps, il entendait hennir les chevaux et sonner les trompettes. L’armee etait sa famille, et la guerre sa patrie. Il avait voulu conquerir par l’epee un nom et sa place au grand jour; devait-il s’arreter au debut de sa carriere et se coucher dans l’oisivete comme dans un linceul? La Deroute se mordait les poings aux recits anticipes de cette guerre dont toutes les imaginations etaient preoccupees; il estimait le sort des recrues le plus heureux du monde, et aurait donne de grand coeur sa hallebarde de sergent pour avoir le droit de marcher aux frontieres; Grippard faisait chorus avec la Deroute, oubliant qu’il avait quitte le regiment pour vivre de ses petites rentes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *