Les trois hommes demeurerent ensemble jusqu’au jour; un peu apres le lever du soleil ils se

Il leur serra affectueusement la main et se retira.

Une semaine tout entiere s’ecoula sans qu’il se passat d’evenements dignes d’etre rapportes. Cependant une inquietude sourde regnait dans la ville; des rassemblements nombreux, ou toutes les nouvelles politiques etaient commentees, se formaient dans les rues et sur les places. Dans les quartiers marchands les boutiques ne s’ouvraient plus que pendant quelques heures a peine, les vivres devenaient de plus en plus rares et par consequent plus chers, les Indiens ne venant plus qu’en petit nombre a la ville et n’apportaient que fort peu de choses avec eux. Une vague agitation, sans cause bien connue et bien definie regnait dans la population, on sentait que le moment de la crise approchait rapidement et que l’orage depuis si longtemps suspendu sur Mexico ne tarderait pas a eclater avec une fureur terrible. Don Jaime, en apparence du moins, menait la vie desoeuvree d’un homme que sa position met au-dessus de toutes les eventualites et pour lequel les evenements politiques n’ont plus d’importance; il allait et venait, de ci, de la, sur les places, dans les rues, flanant et fumant son cigare, ecoutant tout ce qui se disait avec la physionomie beate d’un gobe-mouche, acceptant comme vraies les plus monstrueuses inepties inventees par les nouvellistes de carrefours et pour sa part ne disant mot. Chaque jour il allait faire une promenade vers le canal de Las Vigas; le hasard lui faisait rencontrer Jesus Dominguez, ils causaient assez longtemps en marchant cote a cote, puis ils se separaient en apparence toujours fort satisfaits l’un de l’autre. Cependant, depuis deux ou trois jours don Jaime ne paraissait plus etre aussi content de son espion; des mots piquants, des menaces detournees avaient ete echanges entre eux. –Mon ami Jesus Dominguez, avait dit don Jaime a son espion, a la sixieme ou septieme entrevue qu’il avait eue avec lui, prenez garde, je crois m’apercevoir que vous essayez de jouer un double jeu, j’ai l’odorat fin, vous le savez, je flaire une trahison. –Oh! Seigneurie, s’etait ecrie le senor Dominguez, vous faites erreur, je vous suis au contraire tres le site fidele, croyez-le bien, ce n’est pas un genereux caballero comme vous qu’on trahit.

–C’est possible; dans tous les cas, vous voila prevenu, agissez en consequence, et surtout ne manquez pas de m’apporter demain les papiers que depuis trois jours deja vous me promettez. La-dessus, don Jaime avait quitte l’espion le laissant tout penaud de cette verte mercuriale et surtout fort inquiet de la facon dont les choses, s’il n’agissait avec prudence, pourraient tourner pour lui.

Car, il faut bien l’avouer, la conscience du senor Jesus Dominguez n’etait pas tres tranquille: les soupcons de don Jaime n’etaient pas totalement denues de fondement; si l’espion n’avait pas encore trahi son genereux protecteur, la pensee lui etait venue de le faire, et pour un homme comme le guerillero de la pensee a l’execution il n’y avait qu’un pas. Aussi resolut-il de se rehabiliter par un coup d’eclat dans l’esprit de don Jaime afin de regagner sa confiance, quitte a en abuser completement plus tard; a cet effet, il se decida a s’emparer des papiers que lui reclamait don Jaime et a les lui apporter le lendemain, resolu, s’il y trouvait un benefice convenable, a les lui voler apres.

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