Les traits de belle-rose se contracterent; le vieillard sourit

–Tu me parles de Claudine et de Pierre, lui dit-il; je te les confie. En ce moment, les yeux de Belle-Rose rencontrerent les yeux de Genevieve: il se souvint de la lettre qu’il avait recue, de la cause qui l’avait conduit a Morlanwels; ses sourcils se froncerent, et il jeta sur la pauvre femme un regard si plein d’amertume, qu’elle cacha sa tete entre ses mains. Cependant Cornelius fit construire a la hate un brancard avec des branches d’arbres; un chirurgien, qui se trouvait dans la suite du duc de Castel-Rodrigo, posa un premier appareil sur les blessures du vieux Guillaume; deux soldats prirent le brancard, et le triste cortege s’achemina vers Charleroi. La Deroute, qui n’etait pas dangereusement atteint, bien que crible de coups, se tenait passablement a cheval. Mme de Chateaufort essuya ses yeux rougis par les larmes et s’approcha de Belle-Rose.

–Jacques, lui dit-elle d’une voix douce et ferme, j’ai encore une grace a vous demander, non pas pour moi, mais au nom d’un enfant sur qui vous avez jure de veiller. A ce souvenir, Belle-Rose tressaillit. –Parlez, Genevieve, je vous ecoute; mais hatez-vous, chaque minute m’est precieuse. –Il faut que je vous voie, que je vous parle encore au sujet de cet enfant. Le voulez-vous? reprit-elle en attachant un regard suppliant sur celui qui l’avait tant aimee. –Je le dois et je le ferai, dit-il. –Merci, Jacques.

Demain je vous ferai savoir ou nous aurons cette derniere entrevue.

Maintenant, adieu. Mme de Chateaufort detourna la tete pour cacher une larme qui tremblait au bord de sa paupiere, poussa sa jument et disparut dans les plis du sentier. Quelques heures apres la rencontre du vallon, le funebre cortege entrait au camp de Charleroi. M. de Nancrais, prevenu par Grippard, accourut aupres du fauconnier, qui avait aime et protege son enfance.

Dans un coin de la tente, Claudine et Pierre sanglotaient; Belle-Rose etait desespere mais ferme; Cornelius allait de Claudine a Belle-Rose, morne et silencieux; Guillaume avait la serenite d’un vieux soldat qui avait toujours vecu comme un chretien.

Il mourait comme d’autres s’endorment. Guillaume Grinedal reconnut M. de Nancrais aussitot qu’il entra et lui serra la main. Il ne pouvait deja plus parler, mais son regard loyal avait encore l’eclat de sa verte vieillesse. Tandis qu’il retenait M.

de Nancrais, il fit signe a Belle-Rose d’approcher; ses yeux se tournerent alors vers le fils du comte d’Assonville avec une expression inquiete et suppliante. –Je suis son frere, dit M. de Nancrais que cette priere muette toucha paris jusqu’au fond de l’ame.

Guillaume porta la main de M. de Nancrais a ses levres avec tant d’effusion, que l’impassible soldat detourna la tete pour ne pas laisser voir son trouble.

Claudine s’etait agenouillee au pied du lit; le vieux Guillaume appela Cornelius du regard, et le forcant doucement a s’incliner pres d’elle, mit leurs deux jeunes tetes sous ses mains etendues. Le silence etait si profond, qu’on n’entendait pas d’autre bruit que la respiration haletante de Pierre, qui mordait son mouchoir pour etouffer ses sanglots.

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