Les soldats, bien qu’ils fussent surpris de cette action, ne firent pas un geste pour s’y

Les quatre domestiques du voyageur vinrent sans hesiter se ranger derriere lui, la carabine armee, prets a faire feu sur l’ordre de leur maitre. SAnchez avait dit vrai: don Jesus Dominguez arrivait au galop; mais il n’etait pas seul, un autre cavalier l’accompagnait.

Celui-ci etait un homme court et trapu, aux traits sombres et aux regards louches, la nuance rougeatre de son teint le faisait reconnaitre pour un Indien de pure race; il portait un somptueux costume de colonel de l’armee reguliere.

Le voyageur reconnut aussitot ce sinistre personnage pour don Felipe Neri Irzabal, un des chefs guerilleros du parti de JuArez; deux ou trois fois il l’avait entrevu a la Veracruz. Ce fut avec un tressaillement nerveux et un frisson de terreur que le vieillard attendit l’arrivee des deux hommes; cependant lorsqu’ils ne se trouverent plus qu’a quelques pas de lui, au voir la page lieu de leur permettre de l’interroger ce fut lui qui le premier prit la parole. –Hola, caballeros, leur cria-t-il d’une voix hautaine, que signifie ceci, et pourquoi me contraignez-vous ainsi a interrompre mon voyage? –Vous allez l’apprendre, cher seigneur, repondit en ricanant le guerillero; et d’abord pour que vous sachiez bien tout de suite a quoi vous en tenir, au nom de la patrie je vous arrete.

–Vous m’arretez? Vous? se recria le vieillard, et de quel droit? –De quel droit? reprit l’autre avec son ricanement de mauvais augure, !vive Cristo! Je pourrais si cela me convenait vous repondre que c’est du droit du plus fort et la raison serait peremptoire, j’imagine. –En effet, repondit le voyageur d’une voix railleuse, et c’est, je le suppose, le seul que vous puissiez invoquer. –Eh bien, vous vous trompez, mon gentilhomme; je ne l’invoquerai pas, je vous arrete comme espion et convaincu de haute trahison. –Allons, vous etes fou, senor coronel, espion et traitre, moi! –Senor, depuis longtemps deja le gouvernement du tres excellent seigneur, le president JuArez, a les yeux sur vous; vos demarches ont ete surveillees, on sait pour quel motif vous avez si precipitamment quitte la Veracruz et dans quel but vous vous rendez a Mexico. –Je me rends a Mexico pour affaires commerciales et le president le sait bien, puisque lui-meme a signe mon sauf-conduit et que l’escorte qui m’accompagne m’a gracieusement ete donnee par lui, sans qu’il m’ait ete necessaire de la lui demander. –Tout cela est vrai, senor; notre magnanime president, qui toujours repugne aux mesures rigoureuses, ne voulait pas vous faire arreter, il preferait, par consideration pour vos cheveux blancs, vous laisser les moyens de vous echapper, mais votre derniere trahison a comble la mesure, et tout en se faisant violence, le president a reconnu la necessite de sevir sans retard contre vous; j’ai ete expedie a votre poursuite avec l’ordre de vous arreter; cet ordre, je l’execute. –Et pourrai-je savoir de quelle trahison je suis accuse? –Mieux que personne, seigneur don Andres de la Cruz, vous devez connaitre les motifs qui vous ont engage a quitter votre nom pour prendre celui de don Antonio de Carrera.

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