–les salteadores ou les guerilleros qui infestent les routes songeraient-ils a nous attaquer? dit le vieillard

Hum! L’endroit serait bien choisi pour une surprise, cependant notre escorte est nombreuse et, a moins qu’elle ne soit de connivence avec les bandits, je doute que ceux-ci se hasardent a nous barrer le passage. Voyez, SAnchez, interrogez adroitement les soldats et venez me rapporter ce que vous aurez appris. Le domestique salua, retint la bride et laissa la voiture le depasser, puis il se mit en devoir de s’acquitter drive master de la commission dont son maitre l’avait charge. Mais SAnchez rejoignit presqu’aussitot la berline; ses traits etaient bouleverses, sa voix haletante sifflait entre ses dents serrees par la terreur, une paleur cadavereuse couvrait son visage. –Nous sommes perdus, senor amo, murmura-t-il en se penchant a la portiere. –Perdus! s’ecria le vieillard avec un tressaillement nerveux et en lancant a sa fille muette d’epouvante un regard charge de tout ce que l’amour paternel a de plus passionne, perdus! Vous etes fou, SAnchez; expliquez-vous, au nom du ciel. –C’est inutile, mi amo, repondit le pauvre diable en balbutiant.

Voici le senor don Jesus Dominguez, le chef de l’escorte, qui vient de ce cote; sans doute il veut vous faire part de ce qui se passe. –Qu’il arrive donc! Mieux vaut, sur mon ame, une certitude, si terrible qu’elle soit, qu’une anxiete pareille. La voiture s’etait arretee sur une espece de plateforme d’une centaine de metres carres de largeur; le vieillard jeta un coup d’oeil au dehors; l’escorte entourait toujours la berline, seulement elle paraissait etre doublee: au lieu de vingt cavaliers il y en avait quarante. Le voyageur comprit qu’il etait tombe dans un guet-apens, que toute resistance serait folle et qu’il ne lui restait plus d’autre chance de salut que la soumission; cependant comme, malgre son age, il etait vert encore, doue d’un caractere ferme et d’une ame energique il ne s’avoua pas vaincu ainsi au premier choc, et resolut d’essayer de tirer le meilleur parti possible de sa facheuse position. Apres avoir tendrement embrasse sa fille; lui avoir recommande de demeurer immobile et de n’intervenir en rien dans ce qui allait se passer, au lieu de demeurer dans la berline, il ouvrit la portiere et sauta assez lestement sur la route, un revolver de chaque main. Les soldats, bien qu’ils fussent surpris de cette action, ne firent pas un geste pour s’y opposer et conserverent impassiblement leurs rangs.

Les quatre domestiques du voyageur vinrent sans hesiter se ranger derriere lui, la carabine armee, prets a faire feu sur l’ordre de leur maitre. SAnchez avait dit vrai: don Jesus Dominguez arrivait au galop; mais il n’etait pas seul, un autre cavalier l’accompagnait.

Celui-ci etait un homme court et trapu, aux traits sombres et aux regards louches, la nuance rougeatre de son teint le faisait reconnaitre pour un Indien de pure race; il portait un somptueux costume de colonel de l’armee reguliere. Le voyageur reconnut aussitot ce sinistre personnage pour don Felipe Neri Irzabal, un des chefs guerilleros du parti de JuArez; deux ou trois fois il l’avait entrevu a la Veracruz.

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