Les precautions etaient bien prises, il n’y avait pas de risque d’etre decouvert

Don Jaime sortit de l’eglise et se trouva sur la Plaza Mayor.

Il etait environ midi, heure de la siesta, la place etait a peu pres deserte. L’aventurier rabattit son capuchon sur ses yeux, cacha ses mains dans ses manches, et la tete inclinee sur la poitrine, d’un pas tranquille et recueilli, il traversa la place en diagonale et s’engagea dans une des rues aboutissantes.

Olivier arriva ainsi a la porte d’une coquette maison batie entre cour et jardin, et qui semblait surgir du milieu d’un bouquet d’orangers et de grenadiers en fleurs. Cette porte n’etait fermee qu’au pene, l’aventurier la poussa, entra et la referma derriere lui. Il se trouva alors dans une allee sablee qui formait berceau et aboutissait a la porte meme de la maison exhaussee de quelques marches et surmontee d’une large veranda a la mode mexicaine. Olivier jeta un regard soupconneux autour de lui, le jardin etait desert. Il avanca, mais au lieu de se diriger vers la maison. Il s’enfonca dans une allee laterale et apres quelques detours il se trouva devant une porte de degagement semblant appartenir aux communs. Arrive la, Olivier prit un sifflet d’argent suspendu a son cou par une mince chaine d’or, le porta a sa bouche et en tira un son doux et module d’une certaine facon. Presqu’aussitot un sifflet semblable se fit entendre dans l’interieur des batiments, la porte s’ouvrit et un homme parut. L’aventurier fit un signe maconnique a cet homme qui lui repondit de la meme maniere et il entra a sa suite dans la maison.

Sans parler, cet homme le guida a travers plusieurs appartements et arrive a ce site une porte l’ouvrit, s’effaca pour laisser passer l’aventurier devant lui, puis, lorsque celui-ci fut entre, il la referma en demeurant au dehors. La piece dans laquelle l’aventurier avait ete ainsi introduit, etait elegamment meublee, de larges stores etendus devant les fenetres interceptaient les rayons du soleil, le sol etait anterieurement recouvert d’un de ces moelleux petates que seuls les Indiens savent confectionner; un hamac en fils d’aloes suspendu par des anneaux d’argent a des crampons de meme metal coupait la piece en deux. Un homme etendu dans ce hamac dormait profondement. Cet homme etait don Melchior de la Cruz; un couteau a manche de vermeil curieusement fouille, a lame large, longue et affilee comme une langue de vipere, etait place sur une table basse en bois de santal a portee de sa main aupres de deux magnifiques pistolets revolvers a six coups de fabrique francaise et portant le nom de Devisme grave sur les canons. Meme au milieu de Puebla, dans sa propre maison, don Melchior jugeait convenable de se tenir en garde contre une surprise ou une trahison.

Du reste, ses craintes n’avaient rien d’exagere, car l’homme qui se trouvait en ce moment devant lui pouvait a bon droit etre repute comme un de ses ennemis les plus redoutables. L’aventurier le considera pendant quelques secondes, enfin il s’avanca doucement vers le hamac sans que ses pas produisissent le moindre bruit, tant il semblait, glisser sur le petate.

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