Les ordres les plus rigoureux furent expedies dans toute les communes

Il fallait capturer les trois miserables, morts ou vifs.

Gendarmes et maires dresserent l’oreille. Le lendemain de son incartade, Maurin etait a Bormes, et le soir, il prenait son cafe chez l’hotelier Halbran a qui, parfois, il vendait du gibier. Maitre Halbran lui contait que les gens du pays avaient ete prevenus par le maire, le matin meme, d’avoir a veiller a leur securite dans les bois, lorsqu’un chasseur vint declarer que les trois coquins dont on parlait dans la region, l’avaient arrete sur la route, dans le Don, et lui avaient derobe son diner, son tabac, son argent,–non sans le menacer de mort s’il refusait de se laisser voler. On lui avait pris egalement ses munitions de chasse, de la poudre, et les quelques balles qu’il avait toujours dans son carnier, en vue de la chasse au porc sauvage.

–Les trois coquins avaient des fusils? –Oui, ils ont a eux trois un fusil double et une carabine. –Eh bien, dit Maurin de son ton decide, il faut organiser une battue, comme pour le sanglier. Je m’en charge. Prevenez le maire. Ce: « Prevenez le maire », ou n’entrait aucune jactance, donne l’idee de l’importance du personnage qui le prononca. –Ils vont s’eloigner dans la nuit, dit maitre Halbran. Maurin haussa les epaules.

–Vous n’avez donc pas regarde le ciel? Avant un quart d’heure, il tombera « des pierres de moulin! » Si mes gaillards ne connaissent pas la montagne, ils sont fichus de se noyer comme de jeunes perdreaux dans un trou de roche. S’ils s’abritent dans une cabane de charbonnier,–alors, ils s’en tireront.

Sinon, ils creveront d’une fluxion de poitrine, « croyez-le-vous ».

. . En attendant, prevenez M. le maire. Il _me_ faut quinze ou vingt hommes pour garder tous les « pas ». J’attraperai mes trois loups comme dans une souriciere. Justement le maire entrait, en voisin. C’etait un homme de taille moyenne, a la barbe et aux cheveux gris, l’air energique et bon, l’oeil franc sous des lunettes etincelantes. Ne dans ce pays qu’il aimait avec passion, M. Cigalous, pharmacien, etait une figure vraiment digne de toutes les sympathies. Idealiste inconscient et incorrigible, epris de ici liberte, de justice et de bonte, M. Cigalous voyait en beau les hommes et les choses. Cela lui servait a faire des ingrats sans s’en apercevoir, mais aussi a transformer en un pays habitable sa petite ville isolee et perchee dans un creux de la montagne d’ou elle domine le Lavandou et la mer, avec les iles d’Hyeres pour horizon prochain et le grand large pour perspective. M. Cigalous, figure d’un autre age, coeur enthousiaste, optimiste incurable, bienveillant a priori, s’interesse a la vie de chacun des hommes de son pays.

De la, sans doute, sa grande influence locale. –Tiens! c’est toi, Maurin! dit-il, que viens-tu faire dans notre ville? –Ce que je venais faire, Monsieur le maire, un autre jour je vous le dirai. J’etais venu pour vous demander de parler de moi, avantageusement, a quelqu’un d’ici. . . a M. Rinal. Je veux faire donner a mon enfant « un peu de lecons ».

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