Les oiseaux viennent de l’est, contre le vent qui souffle comme un enrage

Ils suivent le fond site de l’entreprise de la vallee, puis vous les voyez remonter vers vous: pinsons, chardonnerets, hirondelles, ramiers. . . Ils remontent le long de la colline qui est sous vos pieds. Vous etes comme a la fenetre au plus haut d’une maison. Ils remontent vers vous et, frrou, frrou! vous les entendez contre votre oreille battre l’air, en sens contraire du vent.

On est au milieu d’eux! on croit voler avec eux! Quand on reconnait les ramiers, on se retourne, et pan! ils tombent.

. . Par devant _ils portent le coup_. .

. Le plomb, par devant, glisse sur leur plume comme l’eau sur la poitrine d’un canard. –Eh bien, Maurin, vous instruisez votre fils? C’etait Cigalous. –Oui, monsieur le maire. Dans chaque canton des Maures, j’ai des souvenirs. Je les lui conte. Je lui dis ce que je sais, mais il a besoin d’etre instruit d’autre chose et c’est pour ca, comme je vous ai explique avant hier, que j’ai fait venir le petit par la diligence. Hier soir, je suis alle le recevoir, au passage de la voiture, a la cantine du Don. Nous avons couche chez des amis. Et nous voici prets a rendre visite avec vous a ce brave M. Rinal. Ce _brave M. Rinal_ etait un vieux chirurgien de la marine en retraite, tres savant, tres philanthrope, polyglotte et philosophe, qui, n’etant pas riche, avait choisi ce pays pour y vivre avec peu d’argent et y mourir en paix. Maurin avait pense que, vu la bonne mine du petit, le vieil officier de la marine consentirait a lui donner « un peu de lecons ». Des amis, chasseurs et bouchonniers, avaient promis, moyennant une certaine redevance, de loger, nourrir, soigner l’enfant, lequel d’ailleurs apprendrait le metier de leveur de liege et de bouchonnier. Et deux ou trois fois par semaine, le petit Bernard pourrait, si le vieux marin voulait de lui, aller prendre les bonnes lecons de M. Rinal. Maurin s’exprimait ainsi: de _bonnes_ lecons,–mais des lecons de quoi? Maurin, qui savait lire a peine, n’aurait pas su le dire; il voulait seulement que son fils, selon sa propre expression, ne fut pas, dans le temps ou nous vivons, le dernier des sauvages, comme son pere. M. Cigalous avait promis d’interceder aupres de M.

Rinal, le savant homme mysterieux,–qui avait, dans son jardin, une lunette a voir la lune! Maurin etait un beau gaillard de trente-quatre ans. Maurin avait fait son service militaire comme marin. Il ne parlait a peu pres jamais de cette periode de sa vie.

Et s’il etait force d’en faire mention, c’etait invariablement dans ces termes: « Du temps ou je n’etais pas libre.  » Cependant, il avait pour le metier de marin une admiration sans egale, et, en toute occasion, il la manifestait hautement a sa maniere. Il disait, par exemple: « Courbet est un bougre.

En voila un homme!. . . Ah! _s’il n’y avait que des marins sur la terre!_ » Au service, il avait appris, d’un matelot amateur, a tirer a l’epee. Elance, adroit, nerveux, il etait devenu tres vite un tireur passable. Au retour du service, ayant fait a Cogolin la connaissance d’un ancien prevot, il avait travaille avec lui passionnement et il etait devenu, en peu d’annees, son egal.

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