Les mexicains, hatons-nous de le dire, sont d’une politesse exquise, leur langage est toujours choisi, leurs

Don Melchior de la Cruz, par une singuliere anomalie provenant de son naturel farouche sans doute, se distinguait completement de ses compatriotes; toujours sombre, compasse, renferme en lui-meme, il n’ouvrait en general la bouche que pour prononcer quelques breves paroles, d’un ton brusque et d’une voix rude. Des les premiers instants qu’ils se rencontrerent, le comte et don Melchior semblerent egalement peu satisfaits l’un de l’autre: le Francais paraissait trop maniere et trop effemine au Mexicain, et, par contre, celui-ci repoussait l’autre par sa brutalite, la grossierete de sa nature et la trivialite de ses gestes et de ses expressions. Mais s’il n’y avait eu reellement que cette instinctive antipathie entre les deux jeunes gens, peut-etre aurait-elle peu a peu disparue, et des rapports amicaux se seraient sans doute etablis en se connaissant mieux et par consequent s’appreciant davantage; mais il n’en etait pas ainsi, ce n’etait ni de l’indifference, ni de la jalousie que don Melchior avait pour le comte, c’etait une belle et bonne haine mexicaine.

D’ou provenait cette haine? Quelle particularite inconnue du comte l’avait fait naitre? Ceci etait le secret de don Melchior. Du reste, le jeune hacendero etait tout confit en mysteres; ses actions etaient aussi tenebreuses que sa physionomie; jouissant d’une liberte illimitee, il en usait et abusait a sa guise de la facon la plus large pour aller, venir, entrer et sortir sans rendre de comptes a personne; il est vrai que son pere et sa soeur, faits sans drive master doute a sa facon d’etre, ne lui adressaient jamais de questions, et ne lui demandaient point ou il avait ete, ni ce qu’il avait fait, lorsqu’il reparaissait apres une absence qui souvent s’etait prolongee pendant plus d’une semaine. Dans ces circonstances fort frequentes, c’etait ordinairement a l’heure du dejeuner qu’on le voyait arriver. Il saluait silencieusement les assistants, se mettait a table sans prononcer un mot, mangeait, puis il tordait une cigarette, l’allumait, se levait et se retirait dans ses appartements sans autrement s’occuper des assistants. Une ou deux fois don Andres, qui comprenait fort bien ce que cette conduite avait d’inconvenant et surtout de peu poli pour son hote, avait essaye d’excuser son fils, en rejetant sur des occupations fort serieuses et qui l’absorbaient completement cette apparente impolitesse; mais le comte lui avait repondu que don Melchior lui paraissait un charmant cavalier, qu’il ne voyait rien que de tres naturel dans sa maniere d’agir a son egard, que le sans-facon meme qu’il montrait etait pour lui une preuve de l’amitie qu’il lui temoignait en le traitant non comme un etranger, mais comme un ami et comme un parent, et qu’il serait desespere que, a cause de lui, le senor don Melchior fit la moindre violence a ses habitudes. Don Andres, sans etre dupe de l’apparente mansuetude de son hote, avait juge prudent de ne pas insister sur ce sujet et tout avait ete dit. Don Melchior etait craint et redoute de tous les peones de l’hacienda et, selon toute apparence, de son pere lui-meme.

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