Les leperos et les gamins profitaient de l’occasion pour se rejouir en tirant des cohetes (petards)

Vers dix heures du matin, de grands cris se firent entendre, ces cris se rapprocherent rapidement du Paseo. C’etait le peuple qui acclamait le president de la Republique. Le general Miramon arrivait au milieu d’un brillant etat-major. L’expression du visage du president etait joyeuse, il semblait heureux de ces cris de vive Miramon, pousses sur son passage, et qui lui prouvaient que le peuple l’aimait toujours, et lui temoignait, a sa facon, sa reconnaissance pour l’heroique resolution qu’il avait prise, de risquer une derniere bataille en rase campagne, au lieu d’attendre l’ennemi dans la ville.

Le general saluait en souriant a droite et a gauche. Lorsqu’il atteignit l’entree du Paseo, vingt pieces de canon tonnerent a la fois et annoncerent ainsi sa presence aux troupes massees sur la promenade. Alors, des ordres rapides coururent de rangs en rangs, les soldats s’alignerent, les musiques des regiments se mirent a jouer, les clairons sonnerent, les tambours battirent aux champs, le le site president passa lentement sur le front de bandiere et la revue commenca. Les soldats semblaient pleins d’ardeur; la foule leur avait communique son enthousiasme, ils criaient a qui mieux mieux: vive Miramon! sur le passage du president. L’inspection que passait le general etait severe et consciencieuse; ce n’etait pas une de ces revues de parade, dont de temps en temps les gouvernants donnent le spectacle au peuple pour le divertir; en quittant la ville ces troupes allaient marcher tout droit a la bataille, il s’agissait de savoir si elles etaient bien reellement en etat d’affronter l’ennemi devant lequel, quelques heures plus tard, elles se trouveraient. Les ordres du general avaient ete scrupuleusement executes, les soldats etaient bien armes; ils avaient un air martial qui faisait plaisir a voir. Lorsque le president eut passe dans les rangs en adressant ca et la la parole a des soldats qu’il reconnaissait ou feignait de reconnaitre, vieux moyen qui reussit toujours parce qu’il flatte l’amour-propre du soldat, il se placa au milieu d’un des ronds-points du Paseo et commanda plusieurs manoeuvres afin de s’assurer du degre d’instruction des troupes.

Ces manoeuvres, dont quelques-unes etaient assez difficiles, furent executees avec un ensemble fort satisfaisant. Le president felicita chaleureusement les chefs de corps, puis le defile commenca; seulement, apres avoir passe devant le president, les troupes allaient reprendre leurs premieres positions et etablissaient un campement provisoire. Miramon, ne voulant pas fatiguer inutilement les soldats en les obligeant a marcher par la grande chaleur, avait resolu de ne partir qu’a la nuit tombante; jusque-la les troupes devaient bivouaquer sur le Paseo. Parmi les officiers qui composaient l’etat-major du president et qui retournerent avec lui au palais, se trouvaient don Melchior de la Cruz, don Antonio Cacerbar et don Jaime. Don Melchior, bien qu’il fut assez etonne de rencontrer revetu du costume militaire celui qu’il ne connaissait que sous le nom de don Adolfo et que, jusqu’alors, il avait suppose s’occuper de contrebande, le salua en souriant avec ironie; don Jaime lui rendit sechement son salut et se hata de s’eloigner peu soucieux d’entrer en conversation avec lui.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *