Les juaristas avaient l’avantage du nombre; remis de la panique qu’ils avaient d’abord eprouvee, il etait

En ce moment, de grands cris se firent entendre sur leurs le site derrieres, et une troupe nombreuse de cavaliers se rua sur eux la lance en avant. Pris entre deux ennemis, les Juaristas se crurent trahis; ils perdirent la tete et commencerent a se debander. La cavalerie de Miramon apparut en ce moment et chargea vigoureusement l’ennemi. Le combat degenera des lors en massacre, ce ne fut plus une lutte, mais une boucherie; les Juaristas pris en avant, en flanc et en arriere, ne songerent plus qu’a s’ouvrir passage. La retraite commenca, et bientot se changea en deroute complete. Le general BerriozAbal, le general Degollado, ses fils, deux colonels, tous les officiers composant leur etat major, quatorze pieces de canon, une grande quantite de munitions et d’armes, et plus de deux mille prisonniers tomberent entre les mains de Miramon. Le president avait eu sept hommes tues et onze legerement blesses.

La bataille n’avait dure que vingt-cinq minutes. La victoire etait complete. La fortune capricieuse accordait un dernier sourire a celui dont elle avait resolu la perte. XXXI TRIOMPHE Cette victoire imprevue si eclatante et si complete, remportee par Miramon sur des troupes aguerries commandees par des officiers renommes, rendit subitement le courage et l’espoir aux partisans effrayes du president de la Republique. L’esprit des soldats changea a un tel point qu’ils ne douterent plus du triomphe de leur cause et en arriverent en quelques instants a la considerer presque comme definitivement gagnee. Seul, au milieu de la joie generale, Miramon ne se faisait pas illusion sur la portee de la victoire qu’il avait remportee: pour lui ce lustre nouveau jete sur ses armes si longtemps victorieuses n’etait que le dernier et brillant eclat jete par la torche sur le point de s’eteindre. Il connaissait trop a fond la position precaire a laquelle il etait reduit pour se bercer un seul instant d’esperances trompeuses; seulement, il remerciait interieurement la fortune du dernier sourire qu’elle daignait lui accorder et qui l’empecherait de tomber du pouvoir comme un homme vulgaire. Lorsque la cavalerie, lancee a la poursuite des fuyards pour les empecher de se rallier, eut enfin rejoint le gros de l’armee demeure sur le champ de bataille, Miramon apres avoir accorde un repos de deux heures a ses troupes, donna l’ordre de rentrer a Mexico.

Le retour du corps expeditionnaire fut loin d’etre aussi rapide, que sa marche precedente: les chevaux fatigues n’avancaient qu’avec peine, l’infanterie avait mis pied a terre pour escorter les prisonniers, puis les canons et les nombreuses voitures de bagages dont on s’etait empares et qui venaient a la suite de l’armee, ne pouvaient passer que par une route large et frayee, ce qui obligea le general Miramon a prendre le grand chemin et lui occasionna un retard de plusieurs heures. Il etait dix heures du soir environ lorsque l’avant-garde du corps expeditionnaire atteignit les garitas de Mexico. Il faisait nuit noire, et pourtant la ville apparaissait dans l’ombre diamantee d’une innombrable quantite de lumieres.

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