Les jeunes filles, libres de toute surveillance, s’en donnaient a coeur joie, a se confier leurs

C’etait justement sur ce grave et interessant sujet que roulait en ce moment l’entretien des jeunes filles. Bien qu’elles n’en fussent plus a s’avouer leur mutuel amour, cependant par un sentiment de dignite inseparable de toute passion veritable, elles hesitaient et reculaient en rougissant devant la pensee de pousser les jeunes gens a se declarer.

Dona Carmen et dona Dolores etaient bien reellement de naives et innocentes enfants, ignorantes de toutes les coquetteries et de toutes les roueries dont chez nous, peuple soi-disant civilise, les femmes se font un jeu si cruel et parfois si implacable. Par un de ces hasards etranges comme la vie reelle en cree si souvent, la conversation des jeunes filles etait, a quelques legeres differences pres, la meme que celle qui avait precedemment eu lieu entre le comte et son ami sur le meme sujet. ici –Dolores, disait dona Carmen d’une voix caressante, vous etes plus brave que moi; mieux que moi vous connaissez don Ludovic, il est votre parent d’ailleurs: pourquoi cette reserve avec lui? –Helas, ma chere belle, repondit dona Dolores, cette reserve qui vous etonne m’est commandee par ma position meme. Le comte Ludovic est, aujourd’hui que je suis delaissee de tous, mon seul parent; depuis longues annees, nous avons ete fiances l’un a l’autre. –Comment est il possible, s’ecria vivement la jeune fille, que des parents osent ainsi enchainer leurs enfants sans les consulter, et les condamner par avance a un avenir de douleur? –Ces arrangements sont, dit-on, frequents en Europe, ma cherie; d’ailleurs, nous autres femmes, notre faiblesse naturelle ne nous rend-elle pas esclaves des hommes qui pour eux ont garde la supreme puissance; bien que cette intolerable tyrannie nous fasse gemir, il nous faut courber humblement la tete et obeir. –Oui, cela n’est que trop vrai, cependant il me semble que si nous resistions. . . –Nous serions honnies, montrees au doigt et perdues de reputation. –Enfin, vous comptez donc, malgre votre coeur, conclure ce mariage odieux? –Que vous dirai-je, cherie, la pensee seule que ce mariage se puisse accomplir, me rend folle de douleur, et pourtant je n’entrevois aucun moyen de m’y soustraire; le comte a quitte la France, il est venu ici, dans le but unique de m’epouser; mon pere en mourant lui a fait promettre de ne pas me laisser sans protecteur et de conclure cette union. Vous voyez que voici bien des raisons et des plus graves pour qu’il me semble impossible de me soustraire au sort qui me menace. –Mais vous, ma cherie, reprit avec feu dona Carmen, pourquoi ne vous expliquez-vous pas clairement avec le comte? Peut etre cette explication aplanirait-elle toutes les difficultes. –C’est possible, mais cette explication ne peut venir de moi, le comte m’a rendu d’immenses services depuis la mort de mon malheureux pere, ce serait fort mal le recompenser que de repondre par un refus a une recherche qui, sous tous les rapports, doit m’honorer. –Oh! Vous l’aimez, Dolores! s’ecria-t-elle avec ressentiment.

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