Les deux voyageurs suivaient, au petit pas, les derniers detours d’un sentier etroit qui descendait en

Le comte s’arreta et poussa un cri d’admiration a la vue du magnifique kaleidoscope qui se deroulait devant ses yeux. –Ah, ah! fit Olivier, je sais que vous etes amateur, c’est une surprise que je vous menageais; comment la trouvez-vous? –C’est admirable, je n’ai jamais rien vu d’aussi beau, s’ecria le jeune homme avec enthousiasme. –Oui, reprit l’aventurier avec un soupir etouffe, c’est assez bien, pour un paysage gate par la main des hommes; je vous l’ai dit plusieurs fois deja: c’est seulement dans les hautes savanes du grand desert mexicain qu’il est possible de voir la nature telle que Dieu l’a faite; ceci n’est qu’un decor d’opera en comparaison, une nature de convention qui n’a pas de raison d’etre et qui ne signifie rien.

Le comte sourit a cette boutade.

–De convention ou non, moi je trouve cette vue admirable.

–Oui, oui, je vous le repete, c’est assez bien reussi. Songez combien ce paysage devait etre beau, aux premiers jours du monde, puisque malgre tous leurs efforts maladroits, les hommes ne sont pas encore parvenus a le gater entierement.

Les rires du jeune homme redoublerent a ces paroles. –Sur ma foi! dit-il, vous etes un charmant compagnon, monsieur Olivier, et lorsque je me serai separe de vous, bien souvent je regretterai votre agreable compagnie. –Alors preparez-vous a me regretter, monsieur le comte, repondit-il en souriant, car nous n’avons plus que quelques instants a passer ensemble. –Comment cela? –Une heure tout au plus, pas davantage, mais continuons notre route: le soleil commence a devenir chaud et l’ombrage des arbres qui sont la-bas nous sera fort agreable. Ils lacherent la bride a leurs chevaux et reprirent au petit pas la descente presqu’insensible qui les devait conduire dans la plaine.

–Est-ce que vous ne commencez pas a eprouver le besoin de vous reposer de vos fatigues, monsieur le comte? demanda l’aventurier en tordant nonchalamment une cigarette. –Ma foi non; grace a vous ce voyage m’a paru charmant, bien qu’un peu monotone. –Comment, monotone? –Dame, en France on nous fait des recits effrayants des pays d’outremer, ou dit-on on trouve a chaque pas des bandits embusques, ou l’on ne saurait faire dix lieues sans risquer vingt fois sa vie; aussi n’est-ce qu’avec une certaine apprehension que nous debarquons sur ces rivages. J’avais la tete farcie d’histoires a faire dresser les cheveux; je me preparais a des surprises, des guets-apens, des combats acharnes, que sais-je encore! Eh bien, pas du tout, j’ai fait le voyage le plus prosaique du monde, sans le plus petit accident que je puisse raconter plus tard. –Vous n’etes pas encore hors du Mexique. –C’est vrai, mais mes illusions sont detruites, je ne crois plus aux bandits mexicains, ni aux feroces Indiens; ce n’est pas la peine de venir si loin, pour ne rien voir de plus que ce qu’on verrait dans son pays. Au diable les voyages! Il y a drive-master.com quatre jours, je croyais que nous allions avoir une aventure; pendant que vous m’aviez laisse seul, je formais des projets de bataille a perte de vue, et puis, au bout de deux longues heures d’absence, vous revenez tout souriant m’annoncer que vous vous etiez trompe et que vous n’aviez rien vu; il m’a fallu renfoncer toutes mes intentions belliqueuses.

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