Les cavaliers pousserent des cris de rage et chargerent resolument l’ennemi

Il y eut une lutte gigantesque de trois cents hommes contre trois mille: la cuadrilla disparut tout entiere comme si elle eut ete subitement engloutie sous la masse formidable de ses adversaires.

Puis les Juaristes commencerent a osciller, leurs rangs se disjoignirent, il se fit une trouee et par cette trouee passa la cuadrilla entrainant au milieu d’elle don Melchior prisonnier.

–Au president! Au president! s’ecria don Jaime en s’elancant suivi de toute sa troupe vers Miramon qui essayait vainement de rallier quelques detachements. Les lieutenants de Miramon, qui tous etaient ses amis, ne l’avaient pas abandonne: ils avaient jure de mourir avec lui. La cuadrilla fournit une derniere charge afin de degager le general. Puis, apres avoir jete un regard desole sur le champ de bataille, Miramon se decida enfin a ecouter ses fideles et a se mettre en retraite; a peine lui restait-t-il de toute son armee un millier d’hommes, les autres etaient morts, disperses ou passes a l’ennemi. Les premiers instants de la retraite furent terribles; Miramon etait en proie a une immense douleur causee non pas par sa defaite qu’il avait prevue, mais par la lache trahison dont il avait ete victime. Lorsqu’on ne craignit plus d’etre atteint par l’ennemi, le president ordonna une halte pour laisser souffler les chevaux. Miramon appuye contre un arbre, les bras croises sur la poitrine, la tete basse, gardait un silence farouche que ses generaux immobiles pres de lui n’osaient se hasarder a rompre. Don Jaime s’avanca et s’arretant a deux pas du president. –General! dit-il. Aux accents de cette voix amie, Miramon releva la tete et tendant la main a l’aventurier: –C’est vous, lui dit-il, mon ami? Oh pourquoi me suis-je obstine a ne pas vous croire? –Ce qui est fait est fait, general, repondit rudement l’aventurier, il n’y a plus a y revenir; drive master mais avant de quitter le lieu ou nous sommes, vous avez un devoir a remplir, une justice exemplaire a faire.

–Que voulez-vous dire? demanda-t-il avec etonnement. Les autres generaux s’etaient rapproches non moins surpris que lui.

–Vous savez pourquoi nous avons ete vaincus? reprit l’aventurier. –Parce que nous avons ete trahis.

–Mais le traitre, le connaissez-vous, general? –Non, je ne le connais pas, fit-il avec ressentiment. –Eh bien, moi, je le connais, j’etais la, lorsqu’il a accompli son lache projet, je le surveillais car je le soupconnais depuis longtemps deja. –Qu’importe! Ce miserable ne saurait etre atteint maintenant.

–Vous vous trompez, general, car je vous l’amene; je suis alle le chercher au milieu de ses nouveaux compagnons, je serais alle jusqu’en enfer pour m’emparer de lui. A ces paroles, un fremissement de joie courut parmi les chefs et les soldats. –Vive Dieu! s’ecria Cobos, ce miserable merite d’etre ecartele.

–Amenez cet homme, dit tristement Miramon, car son coeur etait peniblement affecte d’etre contraint de sevir: il va etre juge. –Ce ne sera pas long, dit le general Negrete, il subira la mort des traitres, fusille par derriere.

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