Les _almenas_ ou creneaux qui couronnaient les murs, temoignaient de la noblesse du proprietaire de l’hacienda,

On voyait briller aux rayons ardents du soleil le dome de la chapelle de l’hacienda qui voir la page s’elevait au-dessus des murailles.

Plus les voyageurs approchaient, plus le paysage semblait vivant; a chaque instant ils croisaient des cavaliers, des arrieros avec leurs mules, des Indiens courant avec des fardeaux suspendus sur leur dos par une courroie passee autour de leur front, puis c’etait des troupeaux chasses par les vaqueros et changeant de paturages, des moines trottant sur des mules, des femmes, des enfants, enfin des gens affaires de tous etats et de tous sexes qui allaient, venaient et se croisaient dans tous les sens.

Lorsqu’ils atteignirent le pied de la colline que dominait l’hacienda, l’aventurier arreta son cheval au moment ou celui-ci s’engageait dans le sentier conduisant a la porte principale de l’habitation. –Monsieur le comte, dit-il, en se tournant vers le jeune homme; nous voici arrives au terme de notre voyage, permettez-moi de prendre conge de vous. –Pas avant que vous m’ayez promis de me revoir. –Je ne puis vous promettre cela, comte, nos routes sont diametralement opposees, d’ailleurs peut-etre vaudrait-il mieux que nous ne nous revissions jamais. –Que voulez-vous dire? –Rien d’offensant pour vous, ou qui vous soit personnel; permettez-moi de serrer votre main avant de nous quitter. –Oh! De grand coeur, s’ecria le jeune homme en lui tendant la main avec effusion. –Et maintenant, adieu! Adieu encore une fois; le temps s’envole rapidement et je devrais etre deja loin.

L’aventurier se pencha sur le cou de son cheval et s’elanca avec la rapidite d’une fleche dans un sentier ou il ne tarda pas a disparaitre.

Le comte le suivit des yeux aussi longtemps qu’il lui fut possible de l’apercevoir; lorsqu’enfin il se fut derobe derriere un pli de terrain, le comte poussa un soupir. –Quel caractere etrange! murmura-t-il a voix basse.

Oh! Je le reverrai, il le faut. Le jeune homme fit doucement sentir l’eperon a son cheval, et s’engagea dans le sentier qui devait, en quelques minutes, le conduire au sommet de la colline et a la porte principale de l’hacienda. L’aventurier avait dit vrai, le comte etait attendu a l’hacienda; il en eut la preuve en apercevant ses deux domestiques a la porte, semblant guetter son arrivee. Le jeune homme mit pied a terre dans une premiere cour et abandonna son cheval aux mains d’un palefrenier qui l’emmena. Au moment ou le comte se dirigeait vers une large porte surmontee d’une marquise et qui donnait acces dans les appartements, don Andres en sortit, accourut vers lui avec empressement, le pressa sur son coeur avec effusion et l’embrassa a plusieurs reprises en lui disant: –Dieu soit loue! Vous voici enfin! Nous commencions a etre dans une inquietude mortelle a votre sujet. Le comte, pris ainsi a l’improviste, s’etait laisse presser et embrasser sans trop comprendre ce qui lui arrivait ni a qui il avait affaire; mais le vieillard, s’apercevant de l’etonnement qu’il eprouvait et que, malgre ses efforts, il ne parvenait pas a dissimuler completement, ne le laissa pas plus longtemps dans l’embarras et se nomma en ajoutant: –Je suis votre proche parent, mon cher comte, votre cousin; ainsi ne vous genez pas, agissez ici comme chez vous; cette maison et tout ce qu’elle contient est a votre disposition et vous appartient.

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