Lent a s’emouvoir, l’homme du var devenait terrible en ses coleres

Il perdit la raison et il se mit a hurler d’une voix furieuse: –Ceux qui sont capables de faire la chose dont vous m’accusez, gueuse, je les meprise et je les deteste.

« Votre pere, oui, en etait capable, race de porcs! « Et c’est pour ca qu’on l’a tue, et je sais qui! et celui-la a bien fait.

Et si c’etait moi, je m’en flatterais! » De « je m’en flatterais » a « je m’en flatte » il n’y a, aux yeux d’un gendarme, que l’epaisseur d’un fil.

La gendarmerie n’en est pas a distinguer avec soin un conditionnel d’un present. Le mot compromettant etait a peine prononce, qu’un bruit de pas se fit entendre non loin de la, dans la pierraille.

–Ton compte est regle! dit Grondard.

La gendarmerie sait a present comme moi, ce qu’elle voulait savoir. C’est elle que maintenant ca regarde. Maurin se retourna vivement. Un eclair de fureur passa dans ses yeux. Alessandri, debout a dix pas a peine, la main sur la crosse de son revolver d’ordonnance, regardait Maurin fixement.

. . mais voila que d’un mouvement instinctif, il se retourna pour voir si son inseparable et reglementaire compagnon le suivait.

Quand ses regards revinrent a la place ou devait se trouver Maurin.

. . il ne le vit plus! Bien avant d’avoir apercu le gendarme, le braconnier s’etait dit qu’il serait peut-etre oblige de prendre la fuite, et il avait calcule ses chances et moyens. Il avait songe tout d’abord a appeler son fidele compagnon Pastoure poste sur l’autre versant de la colline. Mais appeler son ami Pastoure, c’etait le meler a cette mauvaise affaire. C’etait aussi site de l’entreprise irriter Celestin, faire a coup sur degenerer la querelle en combat. L’apparition du gendarme avait mis fin aux hesitations de Maurin. Devant lui, il avait le haut versant de la colline couverte de thyms et de bruyeres, sillonnee de ravins pierreux, creuses par les eaux de pluie. C’etait sur ce versant qu’il s’attendait, d’un instant a l’autre, d’apres la voix des chiens, a voir monter son lievre. Derriere lui, s’ouvrait le vide, car le rocher, sur lequel il etait debout, etait, de ce cote-la, taille a pic, veritable muraille d’environ quinze pieds d’elevation.

Et pour descendre la colline, a moins de sauter de cette hauteur, il devait aller, par des circuits, chercher une pente praticable a un demi-quart de lieue. S’il sautait, ni le gendarme, empeche par ses enormes bottes, ni le geant Grondard, puissant mais lourd et sans souplesse, ne pourraient le suivre a moins de perdre dix minutes a retrouver au loin le sentier. Or, en dix minutes, avec la connaissance qu’il avait des moindres drayes (sentiers) des Maures, le maigre et leger Maurin aurait le temps de gagner au large.

Il n’avait vraiment a craindre que le fusil de Grondard et le revolver de Sandri. Et encore!.

. . Il savait, par experience personnelle, que malgre la colere, et en depit des plus violentes menaces, on ne tire pas sur un homme aussi vite que sur un lapin. On hesite toujours un peu.

Donc Maurin avait pris son parti, et saisissant d’une main vigoureuse le bout de la longue branche horizontale d’un pin d’Alep qui, plante en contre-bas, dressait sa cime bien au-dessus de sa tete, il avait saute, en tenant ferme la branche, dans le precipice ouvert derriere lui.

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