L’endroit du rendez-vous etait au sommet d’une colline, dans une mussugue au milieu de laquelle s’elevaient

Sur le profil de cette colline, Maurin apercut tout a coup la silhouette gesticulante du silencieux Pastoure. Pastoure, n’ayant pas rencontre de becasses, cherchait un lapin. Dans cette region, la chasse aux lapins se fait d’une facon toute particuliere.

On les fait chercher par les chiens dans la mussugue.

La « mussugue » est un champ de cistes. Dans ces champs de cistes, les pas des chasseurs, parfois la faucille, ont trace d’etroits sentiers. Les chiens courants sont lances. C’est au moment ou le lapin sort de la mussugue et suit ou traverse un sentier, qu’on le tire. Mais la mussugue drue et qui vous monte a la hauteur du genou, empeche de surveiller ces sentes etroites. Et c’est pourquoi les pins qui ca et la se dressent dans les champs de cistes sont respectes religieusement et leurs branches taillees de maniere a former de courts et commodes echelons pareils a ceux des perchoirs a perroquets. Quand le chien « bourre », le chasseur s’elance sur le perchoir le plus proche avec une singuliere agilite entretenue par l’habitude, et, du haut de l’arbre, a cheval sur une forte branche epaisse et coupee court, il fusille le lapin aussitot mort qu’entrevu. Tout cela se fait en un clin d’oeil.

Bien qu’il fut accoutume aux facons de Pastoure, Maurin, ce jour-la, delivre de ses grands soucis personnels, se prit a regarder son ami avec un interet tout nouveau. Selon sa manie, Pastoure, se croyant bien seul, etait en train de monologuer en gesticulant comme un semaphore. Cette fois Pastoure, que Maurin n’entendait pas, disait en appuyant d’un geste chacune de ses paroles: –Pas une becasse! pas une!. . .

Si j’en avais vu au moins une! une! Et il elevait un doigt en l’air. –Si c’est ce site possible, bouan Diou! Et le fusil en bretelle, il secouait ses deux mains jointes. –C’est vrai qu’il n’a pas assez plu.

Ici, renoncant a trouver un geste concordant a ses paroles, il jetait un regard vers le ciel d’ou tombe quelquefois la pluie: –Avoir couru tant de terrain! Et Pastoure etendait le bras, se designant a lui-meme tout le terrain qu’il venait de battre. –Et pas une plume dans le sac! Il frappait sur son carnier. –Pas une au chapeau! Il ota son chapeau, le considera tristement et le remit sur sa tete qu’il secoua d’un air humilie: –Attention! que mon chien guette! sa queue me le dit. Et, le bras etendu, il imitait, de son index vertical et vibrant, le mouvement de la queue et toutes les emotions de son chien. Tout a coup l’index de Pastoure se fit presque horizontal, comme l’etait en ce moment la queue de son fidele Pan-pan. Son chien, un nouveau, s’appelait _Pan-pan_, ou _Coup double_.

Tous deux, chien et chasseur, etaient a l’arret. –Bourre! cria Pastoure qui negligea de monter sur un arbre. Le chien bondit. Le lapin deboula avec la violence d’un projectile qui sort du canon et, quittant la mussugue et enfilant un sentier, demeura un moment bien visible pour Pastoure. . . qui tira! Le lapin redoubla de vitesse. Manque!. . . Pastoure fut si etonne qu’il en oublia de le doubler.

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