–le voila? dit pierre, regarde: ses deux mains sont nouees autour d’une branche

C’etait en effet le cadavre d’un homme cramponne a l’arbre. Les bras, raidis par l’agonie, sortaient de l’eau et le retenaient au milieu des rameaux tremblants.

Belle-Rose s’avanca sur le tronc du saule, tandis que Pierre entrait dans le fleuve; courbes sur le cadavre, dont la tete ballottee par les vagues flottait entre les feuilles, ils le tirerent de l’eau; mais les doigts inflexibles etaient scelles a la branche, et il fallut la couper pour le pousser au rivage.

Mme de Chateaufort attendait au bord de la Sambre; quand le cadavre humide fut etendu sur l’herbe, aux paisibles rayons de la lune, la premiere elle le reconnut. –M. de Villebrais! dit-elle. Belle-Rose se jeta a genoux pres du mort; c’etait bien lui; la face etait livide, et ses yeux, demesurement ouverts, saillaient hors des orbites. Les angoisses d’une horrible agonie avaient bouleverse ses traits, ou se refletait encore l’expression de la haine. Le jeune officier laissa retomber la tete qu’il avait un instant soulevee.

–Le coeur ne bat plus, dit-il. Que Dieu fasse paix a son ame! M. de Villebrais, en croyant passer la Sambre a gue, s’etait trompe; son cheval, qui n’avait tout d’abord de l’eau que jusqu’au jarret, perdit pied tout a coup; M. de Villebrais voulut le ramener, mais le courant etait fort et rapide en cet endroit; l’officier abandonna l’animal qui s’enfoncait sous lui, et tenta de se sauver a la nage. Il y aurait peut-etre reussi si le cheval, en se debattant, ne l’eut frappe d’un coup de pied a la tete, ce qui fit perdre a M. de Villebrais la moitie de ses forces. Ce fut alors que le nageur poussa son premier et formidable cri.

Un de ses hommes, cache dans un fourre sur la rive opposee, se glissa vers le rivage pour aller a son secours, mais il tomba des son premier elan dans un coin du lit tout rempli d’herbes, ou il faillit rester. Comme il s’en degageait, il entendit du bruit dans un pavillon; la peur le prit et il se jeta sous un taillis. Cependant M. de Villebrais luttait contre le courant avec l’energie du desespoir; sa tete coulait parfois sous la surface, sa bouche s’emplissait d’eau, sa respiration s’epuisait; quand il avait assez de force pour soulever sa poitrine, il jetait un de ces cris supremes qui glacaient d’effroi Mme de Chateaufort. Un dernier effort lui fit atteindre le vieux saule mine par la riviere, ses doigts s’attacherent autour d’une branche comme des liens de fer, il voulut se hausser sur le tronc; mais la branche plia, un cri d’horreur jaillit de ses levres bleuies, et son visage disparut sous les flots. Quand Belle-Rose se fut assure de la mort de M. de Villebrais, il appela le garde et lui confia le cadavre du noye; puis il reprit avec Mme de Chateaufort et Pierre le chemin du pavillon. En ce moment, on entendit au loin le galop precipite de trois ou quatre chevaux: c’etaient les gens de M. de Villebrais qui, se voyant prives de leur chef, regagnaient leurs cantonnements. Mme de Chateaufort paris click se retrouva un instant apres seule avec Belle-Rose.

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