Le vieillard palit, car il comprit toute l’horrible portee de la menace que lui faisait le

Mais au meme instant un galop furieux se fit entendre, les soldats s’ecarterent avec epouvante et un cavalier, arrivant a fond de train, penetra comme un ouragan au centre du cercle qui s’etait forme autour de la berline. Ce cavalier etait masque, un voile noir couvrait entierement son visage, il arreta brusquement son cheval sur les pieds de derriere et fixant sur le guerillero ses yeux qui brillaient comme des charbons ardents a travers les trous du voile qui le cachait: –Que se passe-t-il donc ici? demanda-t-il d’un ton bref et menacant. Par un geste instinctif, le guerillero pesa sur la bride et fit reculer son cheval sans repondre. Les soldats et l’officier lui-meme se signerent avec terreur en murmurant a demi-voix: –El Rayo! El Rayo! –Je vous ai interroge, reprit l’inconnu apres quelques secondes d’attente.

Les quarante et quelques hommes qui l’entouraient, courberent piteusement la tete et se reculant peu a peu elargirent considerablement le cercle, semblant peu desireux d’entrer en pourparlers avec ce mysterieux personnage. Don Andres sentit l’espoir rentrer dans son coeur; un pressentiment secret l’avertissait que l’arrivee subite de cet homme allait sinon completement changer sa position, au moins la faire entrer dans une phase plus avantageuse pour lui; de plus, il lui semblait, sans qu’il lui fut possible de se rappeler ou il l’avait entendu, reconnaitre confusement la voix de l’inconnu, aussi, lorsque chacun s’eloignait avec crainte, lui, au contraire, s’en approcha avec un empressement instinctif dont il ne se rendit pas compte. Don Jesus Dominguez, le commandant de l’escorte, avait disparu; il avait honteusement pris la fuite. IV EL RAYO A l’epoque ou se passe notre histoire, un homme avait, au Mexique, le privilege de concentrer sur sa personne toutes les curiosites, toutes les terreurs, et qui plus est toutes les sympathies. Cet homme etait _el Rayo_, c’est-a-dire le Tonnerre. Qui etait el Rayo? D’ou venait-il? Que faisait-il? A ces trois questions, bien courtes cependant, nul n’aurait su repondre avec certitude. Et pourtant Dieu sait quelle prodigieuse quantite de ce site legendes couraient sur lui.

Voici en quelques mots ce qu’on savait de plus certain sur son compte. Vers la fin de 1857, il avait tout a coup paru sur la route qui conduit de Mexico a la Veracruz, dont il s’etait alors charge de faire la police a sa maniere. Arretant les convois et les diligences, protegeant ou ranconnant les voyageurs, c’est-a-dire dans le second cas, obligeant les riches a faire a leur bourse une legere saignee en faveur de leurs compagnons moins favorises qu’eux de la fortune et contraignant les chefs d’escorte a defendre contre les attaques des salteadores les personnes qu’ils s’etaient charges d’accompagner. Personne n’aurait pu dire s’il etait jeune ou vieux, beau ou laid, brun ou blond, car jamais nul n’avait vu son visage a decouvert.

Quant a sa nationalite, elle etait toute aussi impossible a reconnaitre; il parlait avec la meme facilite et la meme elegance le castillan, le francais, l’allemand, l’anglais et l’italien.

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