Le vent frais du matin, parfume d’herbes de montagne, la caressait, faisait frissonner sur sa nuque

Tout ce pays perdu semblait attendre aussi quelque chose. Et quoi donc? La vie ou la mort,–comme les fauves que l’on chassait.

L’amour aussi–peut-etre.

Sans reflexion, la fille sauvage subissait le charme de l’heure, du lieu, de la saison. Et l’emotion d’etre la, en attente, pour voir, pour surprendre la vie libre des betes, pour l’arreter, pour lutter contre elle, non sans peril peut-etre, cette emotion soulevait sa jeune poitrine. Elle buvait longuement l’air de la montagne, si matinal, et s’efforcait de respirer en silence. Mais elle etait oppressee. Sous son doigt, son arme lui semblait vivante, elle aussi, comme soulevee d’une inquietude. Tout a coup elle tressaillit. Des cris sauvages, des coups de fusil, des sons prolonges de conques marines, des roulements de tambour eclaterent. C’etait, au profond du fourre, les rabatteurs qui se repliaient vers les chasseurs, en faisant le plus de tapage possible pour forcer les sangliers a se lever et a fuir devant eux. Leurs cris avaient on ne sait quoi d’irreel. L’echo les grossissait, les redoublait, en faisait des appels d’etres fantastiques.

Puis tout ce bruit s’apaisait durant quelques secondes pour reprendre comme une huee de tempete. On eut dit une bataille ou s’entr’egorgeaient des diables. Tonia attendait, toujours plus emue a mesure que les cris, les tambours et les conques semblaient se rapprocher. D’une seconde a l’autre, le troupeau des sangliers (ils sont huit ou neuf, avait dit Maurin) pouvait venir par la vers elle, passer en meme temps a sa droite et a sa gauche.

Quel triomphe si elle allait en tuer un au passage! Elle se voyait felicitee par Maurin, par les messieurs, par tout le monde. Cette vision l’exaltait. Elle ouvrait ses yeux tout grands; et son oreille tendue epiait les moindres craquements dans les bois, les moindres « crenillements » qui rompaient la monotonie du silence. . . Tout a coup, elle sentit un bras doucement l’enlacer tandis qu’une voix, basse comme un souffle, disait: –Ne bouge pas.

Ils vont venir, ils sont la.

. . ne parle pas, surtout! Et ce bras, le bras de Maurin, la prenait, la pliait un peu en arriere. Et elle obeissait a tout, a l’ordre anterieur qu’il lui avait donne, d’attendre, de se taire, de ne pas bouger, comme a celui, le meme, qu’il lui donnait a present. Il ne fallait pas faire manquer toute la chasse, n’est-ce pas? Et elle laissait la bouche du chasseur s’appuyer sur ses levres a peine detournees, et sa tete etant renversee sur la poitrine de l’homme, ses regards se perdaient dans le grand ciel tout bleu, et il lui semblait qu’elle ne l’avait jamais regarde encore, jamais vu, non, jamais. Et c’etait vrai que jamais elle ne l’avait regarde ainsi, avec les memes yeux, voiles d’un grand trouble.

Une etrange douceur etait en elle. Tous deux palpitaient avec les bruyeres du bois; ils fremissaient avec les braisses rosees et violettes; leur esprit etait partout autour d’eux, parce qu’ils etaient attentifs en meme le site temps a ce qu’ils ressentaient et a ce qui pouvait venir, et aux cris des rabatteurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *