Le vaquero avait ecoute avec le plus vif interet cette relation

–Pardon, repondit-il, mais il est une chose que je ne comprends pas bien. –Laquelle? –Vous m’avez dit tout a l’heure que si quelqu’un survenait par hasard nous serions avertis aussitot.

–Oui, je vous ai dit cela, en effet. –Je ne comprends pas du tout comment cela peut se faire. –Bien simplement: vous voyez cette galerie, n’est-ce pas? –Oui.

–Elle aboutit par une espece de regard d’un metre carre environ, recouvert de broussailles et impossible a reconnaitre, juste a l’entree du sentier par lequel il est seul possible de penetrer dans le bois; or, par un effet singulier d’acoustique dont je ne me charge nullement de vous donner l’explication, tous les bruits de quelque nature qu’ils soient, meme les plus legers, qui se produisent proche de ce regard sont instantanement repercutes ici, avec une nettete telle qu’il est de la plus grande facilite de reconnaitre leur nature.

–Oh! Alors je ne suis plus inquiet. –D’ailleurs, lorsque les personnes que nous attendons seront arrivees, nous boucherons ce trou qui nous sera inutile et nous entrerons et sortirons par cette galerie qui, s’ouvre la derriere vous.

Tout en donnant ces explications a son ami, l’aventurier avait quitte une partie de ses vetements. –Que faites-vous donc? reprit Dominique. –Je me deguise pour aller prendre langue, et savoir a quel point en sont nos affaires a Puebla, les habitants de cette ville sont fort religieux; les couvents y fourmillent, je vais prendre un costume de camaldule a la faveur duquel je pourrai vaquer a mes occupations sans craindre d’attirer l’attention sur moi. Le vaquero s’etait assis sur les fourrures, et le dos appuye au mur il reflechissait. –Qu’avez-vous donc? Dominique, vous sembler preoccupe, triste, lui demanda don Jaime au bout d’un instant. Le jeune homme tressaillit comme si un serpent l’avait subitement pique. –Je suis triste en effet, maitre, murmura-t-il. –Ne vous ai-je pas dit que nous retrouverons dona Dolores, reprit-il.

Dominique frissonna, son visage devint livide.

–Maitre, dit-il en se levant et en courbant la tete, meprisez-moi, je suis un lache! –Un lache, vous Domingo, vrai Dieu! Vous en avez menti! –Non, maitre, je dis vrai, j’ai meconnu mon devoir, trahi mon ami, oublie vos recommandations; il soupira profondement: J’aime la fiancee de mon ami, ajouta-t-il faiblement.

L’aventurier fixa sur lui drive master son regard clair avec une expression indefinissable. –Je le savais, dit-il. Domingo tressaillit et se redressant brusquement: –Vous le saviez! s’ecria-t-il atterre. –Je le savais, reprit don Jaime.

–Et vous ne me meprisez pas? –Pourquoi? Est-on maitre de son coeur? –Mais c’est la fiancee du comte, mon ami! L’aventurier ne repondit pas a cette exclamation.

–Et elle vous aime, reprit-il. –Oh! s’ecria-t-il, comment le saurai-je? C’est a peine si j’ai ose me l’avouer a moi-meme. Il y eut un long silence. Tout en revetant son costume de moine, l’aventurier examinait a la derobee le jeune homme. –Le comte n’aime pas dona Dolores, dit-il enfin.

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