Le recit du ranchero avait ete long; don jaime l’avait ecoute d’un bout a l’autre sans

–Est-ce tout, enfin? demanda-il a Loick en se tournant vers lui. –Tout, oui, seigneurie. –De quelle facon avez-vous ete si bien instruit des moindres particularites de cette epouvantable catastrophe? –C’est Domingo lui-meme qui m’a raconte l’evenement; il etait a demi fou de douleur et de rage, sachant que je me rendrais pres de vous, il m’a charge de vous redire. . . Don Jaime l’interrompit brusquement: –C’est bien, Domingo ne vous a pas charge d’un autre message pour moi? dit-il en fixant sur lui un regard flamboyant. Le ranchero se troubla.

–Seigneurie, balbutia-il. –Au diable le Breton, s’ecria l’aventurier qu’as-tu donc a te troubler ainsi? Voyons, parle ou etrangle. –Seigneurie, dit-il resolument, je crains d’avoir fait une sottise. –Pardieu, je m’en doute, rien qu’a ton air contrit? Cette sottise quelle est-elle enfin? le site –C’est que, reprit-il, Domingo paraissait si desespere de ne pas savoir ou vous trouver, il semblait avoir si grand besoin de vous entretenir, que.

. . –De sorte que tu n’as pas su retenir ta langue et que tu lui as revele. . . –Ou vous demeurez, oui, seigneurie. Apres cet aveu, le ranchero courba humblement la tete comme s’il avait la conviction interieure d’avoir commis un grand crime.

Il y eut un silence. –Naturellement, tu lui as appris sous quel nom je me cachais dans cette maison, reprit don Jaime au bout d’un instant. –Dam, fit naivement Loick, si je ne l’avais pas fait, il aurait ete assez embarrasse pour vous rencontrer, seigneurie. –C’est juste; ainsi il va venir? –Je le crains. –C’est bon. Don Jaime fit quelques pas dans la chambre en reflechissant, puis se rapprochant de Loick toujours immobile a sa place: –etes-vous venu seul a Mexico? lui demanda-t-il. –Lopez m’accompagne, seigneurie, mais je l’ai laisse dans une pulqueria de la barriere de Belen ou il m’attend. –Bien, vous allez le rejoindre, vous ne lui direz rien; dans une heure, pas avant, vous reviendrez ici avec lui, peut-etre aurais-je besoin de vous deux. –Bon, fit-il en se frottant les mains, vous pouvez etre tranquille, seigneurie, nous y serons. –Maintenant, adieu. –Pardon, seigneurie, j’ai un billet a vous remettre. –Un billet! De quelle part? Loick fouilla dans son dolman, en retira un papier soigneusement cachete et le presenta a don Jaime.

–Le voici, dit-il.

L’aventurier jeta les yeux sur la suscription. –Don Estevan! s’ecria-t-il avec un cri de joie, et il rompit vivement le cachet. Le billet, bien que fort court, etait ecrit en chiffres; voici son contenu: « Tout marche a souhait; notre homme arrive de « lui-meme vers l’appat qui lui est presente. Samedi, « minuit; peral. « Espoir! » « CORDOUE  » Don Jaime dechira le billet en parcelles impalpables. –Quel jour sommes-nous? demanda-t-il tout a coup a Loick.

–Aujourd’hui? fit celui-ci ahuri de cette question a laquelle il ne s’attendait pas du tout. –Imbecile! Il ne s’agit ni d’hier ni de demain probablement. –C’est vrai, seigneurie, nous sommes au mardi. –Ne pouvais-tu le dire tout de suite? Lorsque don Jaime etait agite soit par la joie soit par la colere, il tutoyait Loick: celui-ci le savait, et la facon dont l’aventurier lui parlait etait pour lui un barometre infaillible auquel il ne se trompait pas.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *