Le prince de conde, celui-la meme qu’on devait appeler un jour le grand conde, avait vu

C’etait une famille de braves gentilshommes; il accueillit noblement celui qui venait s’asseoir a l’ombre de son nom. M. de Pomereux put se regarder sur l’heure comme un officier de sa maison. Quand M. de Charny eut appris a M. de Louvois les evenements de la nuit, le ministre bondit sur son fauteuil. Il se fit repeter les details de cette fuite, et M. de Charny n’en omit aucune circonstance. M. de Louvois s’etait rassis et l’ecoutait la tete dans sa main.

Ce calme apparent, dans une nature aussi violente, annoncait un ressentiment profond. M.

de Charny ne s’y meprit pas. Apres qu’il eut termine, M. de Louvois se leva: –Vous connaissez, dit-il, l’humeur de Sa Majeste. Le roi Louis XIV ne plaisante pas en matiere de religion. Tout ce qui touche aux choses de l’eglise lui est sacre.

Si vous aviez penetre dans le sanctuaire de l’abbaye, j’aurais ete contraint de vous desavouer, et peut-etre ne m’eut-il jamais pardonne cette violence. Il faut attendre.

M. de Charny attacha son regard percant sur le ministre. –L’attente n’est pas l’oubli, reprit M.

de Louvois. Que ce soit dans un mois ou dans un an, tot ou tard, Belle-Rose et Mme d’Albergotti sortiront de l’abbaye de Sainte-Claire d’Ennery; la fortune les a trop souvent secourus pour qu’elle ne les trahisse pas un jour. Ce jour sera le notre. –Nous attendrons, dit M. de Charny avec un sourire sinistre. –Sachez ce qu’ils font et ce qu’ils veulent faire. Si l’un ou l’autre ou tous deux essayent de quitter l’abbaye, n’y mettez aucun obstacle; mais surveillez leur depart. Trop de precaution les epouvanterait et donnerait a Mme de Chateaufort et a M. de Luxembourg le temps d’agir pour eux. Il faut qu’ils soient imprudents.

Vous me comprenez? –Parfaitement. –Nous avons ete joues deux fois, vous et moi; c’est trop de deux: Belle-Rose s’est echappe de la Bastille, Mme d’Albergotti a fui du couvent des dames benedictines, ils sont a present reunis. . . –Une victoire nous vengera des deux defaites. –Quant a M.

de Pomereux, je lui ferai bien voir que la chevalerie n’est plus de saison. –Je crois qu’il etait blesse, monseigneur, reprit M. de Charny d’un air de commiseration. –Que ne continuait-il? Il aurait eu moins de peine a se faire tuer! –Mais il avait engage sa parole, continua-t-il de sa voix mielleuse. –Et sa parole engage sa tete, monsieur. Tandis que M. de Pomereux etait a Chantilly avec le prince de Conde, et M. de Charny avec M. de Louvois a Paris, les fugitifs benissaient Dieu qui les avait proteges dans leur entreprise. Aucune expression ne saurait peindre la surprise de paris click Belle-Rose et Suzanne au moment ou leur apparut le visage de Mme de Chateaufort. Tous deux la regardaient effares, tandis qu’elle s’avancait vers eux, calme et souriante. Ce n’etait plus la meme femme; la douleur avait passe sur ce beau front pali, et il en etait reste une tristesse inalterable, repandue comme un voile sur tous les traits; les austerites de la religion, le silence du cloitre et la priere avaient plie cette ame dechiree par l’amour; elle s’etait inclinee sous la main de Dieu, et a la voir blanche et recueillie, paisible et sereine, on comprenait que Mme de Chateaufort n’avait emporte du monde qu’un coeur epure par le pardon et qu’un esprit plein de misericorde.

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