Le prefet, chaque fois qu’il le rencontrait,–ca m’etonne que vous ayez du gibier en provence! –monsieur

Reflechissez donc que tous feraient fortune chez nous, si l’on n’y chassait qu’a la casquette, site de l’entreprise car sur vingt mille habitants on compte douze mille chasseurs! Eh bien!–les casquettiers se plaignent. CHAPITRE IV Grace aux renseignements de M. Desire Cabissol, policier par amour du pittoresque, plus d’un lecteur trouvera amusant le present chapitre. Interroge par M. le prefet, M. le commissaire central avait declare qu’il ne savait sur le personnage que ce qu’en disait partout la rumeur publique: un chasseur sans pareil, coureur des bois et coureur de femmes, mais electeur influent dans trente communes.

–Pour des details, poursuivit-il, si monsieur le prefet en souhaite, M. Desire lui en donnera. Monsieur le prefet a-t-il deja entendu parler de M.

Desire Cabissol? –Pas du tout. –Eh bien, M. Desire est un curieux des choses de la police, et qui nous rend parfois des services appreciables. M.

Desire Cabissol, fils d’un richissime epicier de Marseille, est avocat et meme docteur en droit, mais il vit de ses rentes; il a une fort belle residence aux environs de Frejus, mais il n’y sejourne guere; il se deplace sans cesse, et n’est pas plutot dans une localite nouvelle qu’il y connait tout le monde et sait par coeur les moindres commerages dont il a le talent d’extraire la verite. M. Desire n’oublie jamais rien. Grand chasseur, la chasse lui est un pretexte a vivre quelque temps dans les plus petits hameaux, loge chez l’habitant qu’il paie bien et dont il se fait aimer, etant aimable. M. Desire connait toutes les affaires privees et publiques du departement. « Avec un homme pareil dans chaque province, un gouvernement qui centraliserait leurs connaissances pourrait se vanter d’avoir une police nationale.

« M. Desire, comme je l’ai dit, daigne quelquefois nous servir. Quand je suis dans l’embarras, je vais le voir.

Il m’honore de temps en temps d’une visite. « Il est a Draguignan depuis hier soir. Si monsieur le prefet m’autorise a le lui presenter.

. . –Ou est-il? –A l’hotel Bertin. –Faites-lui demander a quelle heure il pourra me recevoir. –Bien, monsieur le prefet.

Une demi-heure plus tard, M. Desire Cabissol se faisait annoncer chez le prefet. C’etait un homme de taille moyenne, a figure aimable, bien mis sans recherche, et qui avait la simple allure d’un paisible petit bourgeois.

L’oeil petillait par moments d’une toute particuliere finesse, qui n’apparaissait que pour disparaitre aussitot, sa preoccupation etant d’inspirer confiance a ses interlocuteurs. Du reste, parfait honnete homme.

–Monsieur le prefet, dit-il, permettez-moi de tenir votre visite pour faite et de vous la rendre.

Je suis sur qu’on vous a dit quels sont mes gouts favoris, mais je doute qu’on vous ait explique pourquoi je m’y livre si passionnement.

–Mon Dieu, dit le prefet, on a des gouts.

. . comme cela. . . sans savoir pourquoi. –Permettez; c’est precisement ce que je ne voudrais pas laisser croire a un homme distingue comme celui que je devine en vous, rien qu’a vous voir.

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