Le paysan aujourd’hui travaille plus qu’autrefois; il a des reves de bourgeois parce qu’il a appris

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. C’est facheux, qu’y faire? –Mais, dit le prefet, je croyais qu’en votre pays ou les etes sont torrides, la pluie etait appelee, comprise, aimee. . . –Mon Dieu! dit M.

Cabissol, certainement on l’aime parce qu’elle est favorable aux recoltes; mais on la deteste. . . parce qu’elle mouille. « Qu’on puisse labourer quand il bruine, comme le font eternellement les paysans du Nord, c’est une chose dont nos paysans n’acceptent pas meme l’idee. Des qu’apparait, au fond de leur ciel indigo, un pale nuage, tout le monde en profite pour quitter le travail. Il est meme arrive, il y a quelque dix ans, dans la petite ville d’Aiguebelle, une histoire assez plaisante qui vous montrera mieux que toutes les gloses a quel point les gens de Provence detestent la pluie, ou, si vous voulez, pourquoi ils l’aiment, en faisant semblant de la detester.

Aiguebelle est une ville de dix mille ames, comme vous ne l’ignorez point, monsieur le prefet, puisqu’elle est votre administree. « Il y a cinq ans, un Lyonnais, mon ami Larroi, s’y vint etablir. Il voulut, sur le flanc d’une colline, dans un admirable site, faire construire une villa. Les travaux commencerent lentement. La batisse etait cependant assez avancee, lorsqu’un jour les sept ou huit macons qui la construisaient, juches sur leurs echafaudages, leverent tous ensemble le nez vers le ciel avec inquietude. « Que se passait-il? L’un d’eux, un nomme Darboux, galegeaire fameux (encore un!) fumait une grosse bouffarde d’ou drive master s’echappaient des flots de fumee.

« Il avait trouve drole de s’ecrier tout a coup, en montrant du doigt un veritable nuage sorti de sa pipe: « –Ve! ve! regardez un peu! Voyez ce nuage! tout a l’heure il pleut! gare! » « Ce cri terrifiant produisit l’effet habituel. Bien que le ciel fut d’une purete parfaite, tous les macons, ce jour-la, deserterent le chantier. Mais la pluie, qui empeche de travailler, n’empeche pas qu’on s’amuse, et ils allerent achever leur journee au jeu de boules. « –Ah! le mauvais coup! non, non! ah! sans la pierre, ma boule allait droit! « –Celle-ci va teter le cochonnet (s’arreter tout contre le but). « –Fameux coup, celui-la! « –Ah ca! vai! un coup de sant Estropi! (un coup de saint Maladroit!) » « Que voulez-vous, conclut Cabissol, ces moeurs-la m’enchantent, moi.

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Se mettre en greve pour jouer aux boules! Ah! ce n’est pas un pays de misere que le notre! Vous voyez donc pourquoi et comment on aime ici la pluie ou, si vous voulez, comment et pourquoi on la deteste. –Et, dit le prefet, que penserent les entrepreneurs de la conduite de leurs braves macons? –L’entrepreneur, etant du pays, trouva la chose naturelle, mais mon ami Larroi, le Lyonnais, declara qu’il n’acceptait pas cette facon de travailler, vu que si cela se renouvelait, sa villa ne serait pas construite avant dix ans (ce qui prouve que l’exageration n’est pas dans le caractere des seuls Meridionaux!)–et il exigea assez sottement que le maitre-macon lui envoyat d’autres ouvriers. . . –Qu’arriva-t-il ensuite? dit le prefet souriant.

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