Le lapin sauvage roti est une nourriture de princes! –c’est convenu! fit le second gendarme

Il parle avec bon sens. Je n’aurais pas trouve ca.

Ils allerent dans le cimetiere des moines, encadre par les arcades du cloitre, sous lesquelles s’ouvrent les cellules delabrees. –De ce cote-la, expliqua Maurin designant le nord, les chambrons s’ouvrent sur le precipice. Je serai donc mieux, pour votre tranquillite, dans un de ceux-la. Il savait bien qu’on ne lui en donnerait pas d’autre.

Les gendarmes choisirent une cellule avec les soins les plus mefiants. Par la fenetre sans boiserie, aux appuis a demi ecroules, on voyait, en se penchant, vingt metres de precipice! Ce chambron ayant servi naguere, selon toute apparence, a mettre en surete des outils de paysan, avait une porte raccommodee, solide, qui s’ouvrait du dedans au dehors.

Maurin fut delie. –Qui m’aurait dit, fit-il en soupirant, que le ventre de ma mere et ma caisse de mort ne seraient pas mes seuls cachots, celui-la m’aurait bien etonne! Les mains attachees, je ne les ai jamais eues, non plus que la langue. Tenez, gendarmes que Dieu benisse, voici le lapin cuit, qui sent la farigoule et le romarin dont Pastoure l’a bourre avant de le mettre sur le feu. . . Donnez-m’en un tiers.

Et du pain, donnez-m’en ma part; et du vin, helas! je n’en ai que deux fiasques. Prenez le plus gros. Voici de l’aiguarden encore. Et faisons chacun nos affaires, vu qu’elles pressent. J’ai une faim de chien.

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Ah! mon pauvre Hercule! tu m’embarrasserais bien a cette heure, attendu que nous vivons deja trois sur un lapin fait pour deux. Plus volontiers que d’etre aimable ainsi avec eux, il les aurait battus, les gendarmes, mais il faut savoir, a de certaines heures, etre diplomate. Et le roi des Maures, en ce moment, c’etait Louis XI a Peronne. Les gendarmes affames prirent les vivres, qu’ils payaient honorablement en accordant pour une heure a Maurin la liberte de ses deux mains. Mais qu’avaient-ils a craindre puisqu’ils fermerent et, du dehors, etayerent la porte avec un gros _cabrin_ (poutrelle) qui trainait la pour cette fin meme? Ils eurent un moment l’idee de s’y adosser, mais, pour dire la verite, le seuil et les entours etaient si facheusement souilles d’ordures de poules qu’ils s’en ecarterent un peu, et s’assirent, encore assez pres de la, sur deux grosses pierres, sous un arceau du cloitre. S’etant donc assis, ils commencerent a attaquer le lapin sans rien dire, car le silence est d’or pour les gens affaires. Et puis il fallait preter l’oreille drive master au moindre bruit qui pourrait venir de la prison improvisee. Tout a coup: –Bigre de bigre! dit Sandri! nous lui avons laisse son carnier! On ne saurait penser a tout. Ils se leverent et debarricaderent la porte, mais Maurin avait deja fait son coup: il avait pris, tout d’abord, la longue et solide cordelette qu’il avait toujours dans son carnier; il avait pris aussi son couteau a gaine, et il avait mis le tout, en se penchant par la fenetre, dans un trou de muraille sous les feuilles de lierre epais. Il entendit venir ses geoliers et a peine touchaient-ils la porte qu’il leur dit, avec la voix d’un homme qui mange, la bouche pleine: –Il vous manque quelque chose? Aussi, quand brusquement, la porte s’ouvrit, les gendarmes le trouverent-ils assis a terre devant son carnier grand ouvert, la bouteille au poing, pret a boire et mangeant lentement, comme un homme qui n’a rien de mieux a faire.

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