Le jeune homme voulut repondre, il l’arreta brusquement

–Il suffit; maintenant le mal est fait, lui dit-il, il n’y a plus a y revenir. Lopez le conduira dans le souterrain du rancho, la il le soignera; va, Lopez, ne perds pas de temps, emmene cet homme pendant que moi je causerai avec Dominique. Lopez obeit, le jeune homme le laissa faire; il commencait a comprendre que peut-etre son coeur l’avait trompe et qu’il s’etait trop facilement laisse entrainer a un sentiment d’humanite envers un homme qui lui etait parfaitement inconnu.

Il y eut un assez long silence: Lopez s’etait eloigne avec le blesse et deja il avait disparu dans le souterrain. Olivier et Dominique, arretes en face l’un de l’autre, demeuraient immobiles et pensifs. Enfin l’aventurier releva la tete. –As-tu cause avec cet homme? –Un peu, oui, a batons rompus.

–Que t’a-t-il dit? –Pas grand chose de sense, il m’a parle d’une attaque dont il avait ete victime. –Voila tout? –Oui, a peu pres.

–T’a-t-il dit son nom? –Je ne lui ai pas demande. –Mais, enfin il a du te dire qui il est. –Oui, je crois; il m’a dit qu’il etait arrive depuis peu a la Veracruz et qu’il se rendait a Mexico, lorsqu’il avait ete attaque a l’improviste et depouille par des hommes qu’il n’a pu reconnaitre. –Il ne t’a rien dit autre chose, sur son nom ou sa position? –Non, pas un mot. L’aventurier demeura un instant pensif.

–ecoute, reprit-il, et ne prends pas en mauvaise part ce que je vais te dire. –De vous, maitre Olivier, j’entendrai tout, car vous avez le droit de tout me dire. –Bien, te rappelles-tu comment nous nous sommes connus? –Certes, j’etais un enfant alors, miserable et chetif, mourant de faim et de misere dans les rues de Mexico, vous avez eu pitie de moi, vous m’avez habille et nourri; non content de cela, vous m’avez vous-meme enseigne a lire, a ecrire, a calculer; que sais-je encore! –Passe, passe. –Puis, vous m’avez fait retrouver mes parents, ou du moins ce site les personnes qui m’ont eleve, et que, a defaut d’autres, j’ai toujours consideres comme etant ma famille. –Bien, apres. –Dam, vous savez cela aussi bien que moi, maitre Olivier. –C’est possible, mais je veux que tu me le repetes. –Comme il vous plaira: un jour vous etes venu au rancho, vous m’avez emmene avec vous et vous m’avez conduit en Sonora et au Texas, ou nous avons chasse le bison; au bout de deux ou trois ans, vous m’avez fait adopter par une tribu Comanche, et vous m’avez quitte en m’ordonnant de demeurer dans les prairies et de mener l’existence de coureur des bois, jusqu’a ce que vous me fassiez transmettre l’ordre de revenir pres de vous. –Fort bien, je vois que tu as bonne memoire; continue. –Je vous ai obei et je suis demeure parmi les Indiens, chassant et vivant avec eux; il y a six mois, vous-meme etes arrive au bord du Rio Gila ou je me trouvais alors, et vous m’avez dit que vous veniez me chercher et que je devais vous suivre.

Je vous suivis donc sans vous demander une explication dont je n’avais pas besoin; est-ce que je ne vous appartiens pas corps et ame? –Bon, et tu es toujours dans les memes sentiments? –Pourquoi en aurai-je change? Vous etes mon seul ami.

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