Le jeune homme se confondit en protestation, mais don andres l’interrompit encore

–Je suis un vieux fou, dit-il, je vous tiens la en vous racontant mes radotages, j’oublie que vous venez de fournir une longue course a cheval, et que vous devez avoir besoin de repos. Venez, je veux avoir le plaisir de vous conduire moi-meme a votre appartement, il est pret depuis plusieurs jours deja. –Mon cher cousin, repondit le comte, je vous remercie mille fois de vos gracieuses prevenances; mais je crois qu’il serait convenable que vous daigniez me presenter a ma cousine avant que je me retire. –Cela ne presse pas, mon cher comte; ma fille est en ce moment enfermee dans son boudoir avec ses femmes; laissez-moi vous annoncer d’abord, je sais mieux que vous ce qu’il convient de faire en cette circonstance, reposez-vous. –Soit, mon cousin, je vous suis; d’ailleurs, je vous avoue, puisque vous etes assez bon pour me mettre si bien a mon aise, que je ne serai nullement fache de prendre quelques heures de repos. –Ne le savais-je pas bien? repondit gaiment don Andres, mais tous les jeunes gens sont les memes, ils ne doutent de rien. L’hacendero conduisit alors son hote a un appartement qui avait ete installe et meuble avec gout, sous la surveillance immediate de don Andres, et qui etait destine a servir d’habitation au comte, pendant tout le temps qu’il lui plairait de resider a l’hacienda; ses malles y avaient deja ete transportees, et son valet de chambre l’attendait.

Cet appartement, sans etre grand, etait cependant dispose d’une facon fort bien entendue et tres confortable, vu les ressources du pays.

Il se composait de quatre pieces, la chambre a coucher du comte avec cabinet de toilette et salle de bains a cote, un cabinet de travail faisant salon, une antichambre et une piece pour les domestiques du comte, afin que de jour et de nuit il put les avoir a sa disposition. Au moyen de quelques cloisons, on l’avait separe et rendu entierement independant des autres appartements de l’hacienda; on y penetrait par trois portes, une donnant sous le vestibule, la seconde sur la cour commune, et la troisieme donnant par quelques marches acces dans la magnifique huerta de l’hacienda qui, par son etendue, pouvait passer pour un parc. Le comte nouvellement debarque au Mexique, et de meme que tous les etrangers se faisaient une fausse idee d’un pays qu’il ne connaissait pas, etait loin de s’attendre a trouver, a l’hacienda del Arenal, une installation aussi commode et aussi conforme a ses gouts et a ses habitudes un peu serieuses, aussi ici fut-il reellement dans le ravissement de ce qu’il voyait; il remercia chaleureusement don Andres de la peine qu’il avait bien voulu prendre pour lui rendre agreable le sejour de sa maison, et l’assura qu’il etait loin de s’attendre a une aussi aimable reception.

Don Andres de la Cruz, fort satisfait de ce compliment, se frotta les mains avec joie et se retira enfin, laissant son parent libre de se livrer au repos si cela lui plaisait.

Demeure seul avec son valet de chambre, le comte apres avoir change de toilette et avoir pris un costume plus convenable pour la campagne que celui qu’il portait, interrogea son domestique sur la maniere dont s’etait accompli son voyage depuis la Veracruz et de la reception qui lui avait ete faite a son arrivee a l’hacienda.

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