Le general se leva et commenca a marcher a grands pas dans le cabinet; au bout

–Merci, don Jaime, lui dit-il d’une voix affectueuse, merci! Votre rude franchise m’a fait du bien, elle m’a prouve qu’il me reste au moins un ami fidele dans la mauvaise fortune; eh bien, soit j’adopte votre plan, aujourd’hui meme je le mettrai a execution; quelle heure est-il? –Pas tout-a-fait quatre heures du matin, general. –A cinq heures, j’aurai quitte Mexico. L’aventurier se leva. –Vous me quittez, mon ami, lui dit le president. –Ma presence n’est plus necessaire ici, general; permettez-moi de me retirer. –Nous nous reverrons. –Au moment de la bataille, oui, general. Ou comptez-vous attaquer l’ennemi? –La, dit le general, en posant le doigt sur un point de la carte, a Toluca, ou son avant-garde n’arrivera pas avant deux heures de l’apres-diner; en faisant diligence, je puis l’atteindre vers midi et avoir ainsi le temps necessaire a tout preparer pour le combat.

–L’endroit est bien choisi, je vous predis une victoire, general.

–Dieu vous entende! Moi je n’y crois pas.

–Encore votre decouragement. –Non, mon ami, vous vous trompez; ce n’est pas decouragement de ma part, c’est conviction. Et il tendit affectueusement la main a l’aventurier qui prit conge et se retira. Quelques instants plus tard, don Jaime avait quitte Mexico et penche sur le cou de son cheval il courait a fond de train en rase campagne. XXX LA SORTIE Ainsi que Miramon l’avait dit a l’aventurier, a cinq heures precises il sortait de Mexico a la tete de ses troupes. Ses forces n’etaient pas nombreuses; elles ne se composaient que de trois mille cinq cents hommes, infanterie et cavalerie, sans artillerie, a cause des chemins perdus a travers lesquels il devait marcher. Chaque cavalier portait un fantassin en croupe, afin de rendre la marche plus rapide.

C’etait reellement un coup de main que le president allait tenter, coup de main des plus hasardeux, mais qui, pour cette raison meme, avait de nombreuses chances de succes. Le general Miramon chevauchait en tete de l’armee, au milieu de son etat major avec lequel il causait drive master gaiment; on aurait dit, a le voir allant ainsi calme et souriant, que nulle preoccupation n’attristait son esprit, il semblait en quittant Mexico avoir repris cette heureuse insouciance de la jeunesse que les soucis du pouvoir lui avaient si vite fait oublier. La matinee bien qu’un peu fraiche presageait un beau jour: un transparent brouillard s’elevait de la terre pompe par les rayons de plus en plus ardents du soleil. Quelques rares troupeaux apparaissaient ca et la dans les plaines; des recuas de mules, conduites par des arrieros et se dirigeant vers Mexico, croisaient incessamment la marche des troupes; la terre bien cultivee ne presentait aucune trace de la guerre, la campagne semblait au contraire jouir d’un calme profond.

Quelques Indiens couraient le long des chemins conduisant des boeufs a la ville, d’autres amenaient des fruits et des legumes, tous se hataient, et chantaient insouciamment, pour charmer les ennuis et la longueur de la route.

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