Le garde les introduisit dans une antichambre ou camille s’arreta

Belle-Rose penetra dans une seconde piece ou Mme de Chateaufort l’attendait.

Pierre s’etait assis a la porte du pavillon. Genevieve accueillit Belle-Rose avec un pale et triste sourire. –Je vous ai fait venir, lui dit-elle, pour vous parler d’un enfant qui n’a plus de pere et que sa mere veut vous confier.

Il ne faut pas qu’il grandisse seul. –En vous communiquant la mission dont M. d’Assonville m’a charge, dit Belle-Rose, je n’ai jamais pretendu vous ravir le droit de voir et d’embrasser votre fils. Ne pouvons-nous veiller ensemble sur lui? Mme de Chateaufort secoua la tete. –Hier, c’eut ete le plus doux de mes reves; mais ce n’etait qu’un reve! je me suis reveillee. La voix de Mme de Chateaufort etait si profondement desesperee, que Belle-Rose lui prit la main. –Genevieve, lui dit-il, oubliez que vous etes femme pour vous souvenir que vous etes mere. –Je ne puis rien oublier, rien! reprit-elle.

Vous voulez que nous veillions ensemble sur cet enfant. Helas! le pouvons-nous? Quand vous le verrez beau comme un ange et souriant entre nous, quel regard aurez-vous pour la mere? Tenez, Jacques, hier j’ai tout compris.

Le malheur est sur moi! Quand M.

d’Assonville est mort, j’etais la! Quand le sang de votre pere a coule, j’etais la! Le reproche a lui dans vos regards, ce reproche etait dans votre coeur, et maintenant, quoi que vous fassiez, l’idee du meurtre se melera toujours a mon souvenir! Et d’ailleurs, l’image d’une autre femme est dans votre coeur bien plus puissante que la mienne!. . . N’ai-je point vu, il y a trois jours, votre main ramasser une fleur qu’elle avait laisse tomber, ici et ne vous ai-je pas vu la porter a vos levres? Oh! vous l’aimez, cette femme!. . . Son nom, vous l’avez mille fois murmure!. . .

elle est jeune. . .

elle est belle. . . elle est pure!. . . Un instant, j’ai cru qu’a force d’amour je pourrais lutter contre son souvenir: c’etait une erreur dont un flot de sang m’a tiree. . . Entre vous et moi il y a trop de malheurs, il y a votre pere. . . il y a Gaston! Belle-Rose baissa la tete. Chaque parole de Genevieve entrait dans son coeur comme une fleche. –Vous vous taisez, Jacques, reprit-elle, et je ne me plains pas: vous m’avez pardonne.

Comme ce dernier mot tombait de ses levres, un cri terrible fendit l’air et vint retentir a leurs oreilles. Tous deux tressaillirent; mais ce cri sans nom avait traverse l’espace comme une balle; tout etait redevenu calme et silencieux. Par un mouvement instinctif, Genevieve s’etait rapprochee de Belle-Rose.

–Jacques, lui dit-elle en prenant une de ses mains entre les siennes, dites-moi du moins que vous apprendrez a mon fils a m’aimer? Quand il me voit il me sourit; il a des caresses divines pour mes levres; il etend sur mes fautes son innocence comme un manteau; ses petites mains se suspendent a mon cou, et, quand il m’appelle, il me semble que la benediction de Dieu descend sur moi. Genevieve pleurait, le visage appuye sur la main de Belle-Rose. –Il vous aimera! il vous aimera! Comment le fils de Gaston pourrait-il ne pas vous aimer! s’ecria Belle-Rose eperdu.

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