Le cure pignerol entendit au loin, dans les bois qui entourent l’eglise, plusieurs chiens donner de

« Il dit tout doucement a son clion (clerc) qui s’appelait Joouse: « –Joouse, je reconnais a la voix des chiens qu’ils poursuivent un lievre. « –Suremein, moussu lou cura.

« –_Domine non sum dignus_. . .  » « Drin, drelin, fit la clochette. « –_Domine non sum dignus_. . . Je ne vois pas ma chienne. Est-ce qu’elle est avec les autres? « –Oui, monsieur le cure, elle est dans le bois. . . drin, drelin, drelin. . . « –_Domine non sum dignus.

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Alor la lebr’ es foutudo!_ (alors la lievre est. . . fichue!) « –Amen! Drin, drelin, drelin, drelin! Amen! » Tonia ne riait guere. Maurin, pour l’egayer un peu, voulut exciter l’ermite a conter d’autres galegeades. –Elle est vieille comme le monde, ton histoire, lui dit-il. Mon pere la tenait de son pere qui la tenait du pere Adam. Mais, dis-moi, depuis que j’existe (quoique mon pere en connut beaucoup, de ces histoires droles de notre pays), jamais je n’ai pu bien savoir pourquoi on dit toujours, en parlant de ce Gonfaron que l’on voit d’ici: « C’est le pays ou les anes volent! » Gonfaron (ou l’on est aussi bete que partout ailleurs et pas davantage, mais c’est bien assez) est au Var ce que Martigues est aux Bouches-du-Rhone, le pays beotien aux habitants duquel la malignite publique prete toutes les sottises. Et, chose curieuse, le Provencal, qui partout ailleurs aime tant la plaisanterie, meme dirigee contre lui, se montre, dans ce pays-la, fort susceptible, et se refuse a rire de lui-meme. Et si serieusement vous lui demandez pourquoi, il repond: « Quand la plaisanterie voir la page est trop longue elle vous embete a la fin. Celle-ci date de toujours. C’est un peu de trop.  » Cette opinion se peut soutenir. –Ah! ah! dit l’ermite, tout le monde me la demande, l’histoire de l’ane de Gonfaron! et quand je ne serais ici que pour la conter, j’aurais eu bien raison de me faire ermite–car je prends deux sous pour la commencer. –Et pour la finir, combien? dit Maurin. –C’est a la generosite de chacun. –Te, voila deux sous.

Accommence. –Il y avait une fois a Gonfaron, dit l’ermite, voila longtemps, longtemps, un sacristain petit, bossu, et paresseux. Un jour qu’en procession, le bon Dieu, porte par le pretre sous le dais, devait monter jusqu’ici, au sommet de Notre-Dame-des-Anges, le cure dit au clion: –« Joouse? » –C’etait donc toujours le meme clion? fit Maurin. –Mettez-lui Piarre si vous voulez, dit l’ermite; moi ca m’est egal. –Piarre, balaie un peu la rue, du seuil de l’eglise jusqu’a la sortie du village, pour enlever les crottins des mulets et des chevres, pour afin que le bon Dieu puisse passer proprement. –Voui, moussu lou cura. « Mais l’ouvrage que fit le mechant bossu ce ne fut guere, et quand l’heure de processionner fut venue, le cure et tout le village trouverent que la place et la rue etaient aussi sales qu’auparavant et meme un peu davantage, parce qu’il etait encore passe des chevres et des mulets. Le paresseux bossu n’avait pas balaye. –Mauvais ane! lui dit le cure; le bon Dieu dans un si sale chemin, veritablement, ne peut pas passer! –Eh! repondit cet ane de clion avec une insolence qui etait un blaspheme, s’il ne peut pas passer par le chemin, le bon Dieu, il volera! –Bon! dit Maurin, et la fin de l’histoire? Si elle vaut le commencement, tu auras encore deux sous.

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