Le comte, le visage dans ses mains, se croyait en proie a un cauchemar horrible; malgre

Il se demandait si, malgre les preuves irrecusables qu’il possedait ainsi a l’improviste, il se trouverait dans tout l’empire un tribunal qui oserait assumer sur soi la responsabilite de poursuivre de si honteux forfaits et si en dehors de la nature humaine. D’un autre cote, cette revelation rendue publique deshonorait irresistiblement une famille a laquelle la sienne etait alliee de fort pres; ce deshonneur ne rejaillirait-il pas sur sa famille? Toutes ces pensees tourbillonnaient dans le cerveau du comte, en lui causant d’horribles douleurs et accroissant encore sa perplexite, car il ne savait a quelle resolution s’arreter; dans un cas aussi grave, il n’osait demander conseil a personne ni chercher d’appui en dehors de lui-meme. Bras-Rouge se leva, et s’approchant du comte: –Monsieur, lui dit-il, prenez ce manuscrit; maintenant il est a vous. Le comte prit machinalement le manuscrit qui lui etait presente.

–Je comprends votre etonnement et votre epouvante, monsieur, continua le condamne, ces choses sont tellement horribles que, malgre leur cachet de verite, les circonstances exceptionnelles ou elles ont ete ecrites, et l’autorite des personnes qui ont signe apres lecture, elles courent le risque d’etre revoquees en doute; aussi je veux vous mettre a l’abri de tout soupcon d’imposture, monsieur le comte, en ajoutant a ce manuscrit ce qu’on est convenu de nommer des pieces a l’appui, et que moi j’appellerai des preuves irrecusables.

–Vous avez des preuves? dit le comte en tressaillant. –J’en ai.

Donnez-vous la peine d’ouvrir ce portefeuille; il contient vingt et quelques lettres de votre beau-frere, adressees a moi et toutes se rapportant aux faits racontes dans ce manuscrit. –Oh! Mon Dieu! Mon Dieu! s’ecria le comte en joignant les ce site mains; mais se tournant tout a coup vers Bras-Rouge: Ceci est bien etrange, dit-il. Le condamne sourit. –Je vous comprends, repondit-il, vous vous demandez, n’est-ce pas, comment il se fait que, detenteur de lettres aussi compromettantes pour le prince d’Oppenheim, celui-ci ne se soit pas servi de la puissance qu’il possede pour me faire disparaitre et rentrer en possession de ces preuves de sa culpabilite. –En effet, repondit le comte etonne de se voir si bien devine, le prince, mon beau-frere, est un homme d’une prudence extreme, il avait un trop grand interet a aneantir ces preuves accablantes pour lui.

–Certes, et il n’eut pas manque, j’en suis convaincu, a employer les moyens les plus expeditifs pour reussir a cela; mais d’abord le prince ignorait que ces preuves fussent restees entre mes mains. Voici comment; chaque fois que, dans une lettre, il m’assignait un rendez-vous, des qu’il arrivait je brulais en sa presence une lettre en tout semblable a celle que j’avais recue de lui, pour lui prouver avec quelle bonne foi j’agissais et quelle confiance j’avais en lui, de sorte que jamais il n’a suppose que je les eusse conservees; ensuite, aussitot apres l’accouchement de votre belle-soeur, supposant avec raison que le prince etant parvenu a son but, desirerait se defaire de moi, je le previns en quittant le pays a l’improviste; je demeurai pendant trois ans a l’etranger.

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